Ce mois d’avril, faire l’état des lieux des centres d’art contemporains cause de sévères discordes. Les attaques ne viennent pas d’une droite populiste mais de l’intérieur même du champ de l’art, ce qui inquiète une partie de la profession.
Dans une caricature publiée le 5 avril dans le Journal des arts, on voit un corbillard suivi d’une maigre foule vêtue de noir. La saynète, signée Michel Cambon, s’intitule «à l’enterrement d’un centre d’art». «Il n’y a pas grand monde…», fait valoir un des participants du cortège funéraire, «bah !», lui répond sans ciller son voisin, «la fréquentation habituelle d’un pareil lieu !». Dans une enquête en quatre volets publiée début avril, le journal spécialisé étrille un modèle de soutien à la création contemporaine né dans les années 1970 et qui s’est largement développé dans les années 1980 sous l’impulsion d’une politique de décentralisation voulue par Jack Lang. Selon les journalistes Eva Hameau et Jean-Christophe Castelain, qui citent abondamment un jeune chercheur, Noam Alon en regard des propos rapportés de directeurs et directrices de centres d’art, «l’héritage des grandes années de construction sous Mitterrand et Lang représente un fardeau pour le Ministère, sa capacité à financer durablement un champ culturel en constante expansion s’est heurtée à la barrière budgétaire». Mais aussi : «Cette période de crise marque le début d’une chute progressive jusqu’à présent».
Des lieux à bout de souffle ? Peu identifiés par le grand public comme l’estiment les auteurs de l’enquête et sous perfusion de l’argent public ? «Dépendant à 68 % de financements publics et avec une faible fréquentation, souvent gratuite, ces établissements sont progressivement asphyxiés» lit-on dans l’article. Présenté comme ça, on se demande bien à quoi servent encore les centres d’art contemporains qui irriguent le territoire et ont longtemps fait la fierté de la décentralisation – exception culturelle typiquement française.
Faudrait-il alors les réorienter, comme il est encore suggéré vers un nouveau modèle pluridisciplinaire et régionaliste ? Pour sortir de «sa tour d’ivoire», estime le jeune chercheur rattaché à l’Unesco Noam Alon, le centre d’art doit «revenir à l’idée d’un espace dédié à la jeune création avec un ancrage local plus important» et ainsi, se consacrer, en déduit l’un des auteurs de l’enquête «pleinement aux artistes de la région». Plus loin, il estime aussi qu’une bonne option serait que les centres d’art deviennent des lieux plus «polyvalents» et le modèle du CentQuatre est cité en exemple en ce qu’il «incarne le mieux l’idée d’une institution sensible aux droits culturels avec son marché, ses ateliers bien-être et sa boutique solidaire».
Méconnaissance de la réalité du terrain
«Enquête partiale et imprécise, inscrite dans une ligne éditoriale hostile» estime en retour l’association des centres d’art (DCA) qui a répondu dans une vive tribune publiée le 17 avril sur son site. Il est rappelé d’abord l’hétérogénéité du réseau qui fédère aujourd’hui 58 structures parmi lesquelles «21 centres implantés en bourgs et petites villes (incluant les zones ultramarines) et d’autres structures liées à l’enseignement supérieur qui participent à la recherche». Un atout plutôt qu’une faiblesse, estiment-ils. Viennent ensuite les chiffres attestant de la vitalité de ces lieux : «En 2024, les membres du réseau ont produit 2 438 œuvres, exposés 1 451 artistes à travers 361 expositions, accueillis 268 artistes en résidence, employés près de 800 professionnel·les qualifié·es et ont été fréquentés par 1 425 872 personnes dont 171 053 scolaires» égrènent les membres du réseau, qui pointent la méconnaissance de la réalité du terrain et cette «part essentielle de [notre] travail qui demeure en effet peu visible : accompagnement des artistes (émergent·es ou en milieu de carrière) par la production d’œuvres nouvelles, accès à des résidences, production de textes critiques, structuration de parcours professionnels etc».
Sur la question des publics, face aux attaques en élitisme, «à rebours de la tour d’ivoire» décrite, ils rappellent une...
Lire la suite sur liberation.fr




