L’ancien ministre, qui a proposé sa démission, samedi, après quatre mandats à la tête de l’institution parisienne, a su attirer des mécènes et organiser des expositions ambitieuses, mais a vu ses projets freinés par le manque d’engagement des pays arabes.
« Quand je suis quelque part, j’y suis pour l’éternité », répétait souvent Jack Lang et encore fin décembre 2025, laissant entendre qu’il verrait bien prolonger son bail à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA) au-delà de l’échéance de son quatrième mandat, prévu un an plus tard. Eclaboussé par le scandale de l’affaire Epstein, qui a également atteint sa fille Caroline, et malgré les appels à la démission venant de toutes parts, y compris de son camp politique, l’ancien ministre de la culture socialiste, plaidant la naïveté, persistait à ne pas vouloir démissionner. Convoqué dimanche 8 février par le Quai d’Orsay, sa tutelle principale, Jack Lang a finalement dû abdiquer sous la contrainte, proposant sa démission samedi 7 février au ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui en a pris acte. Non sans vouloir défendre son bilan. Vendredi 6 février, alors que son sort semblait scellé, il avait tenu à nous adresser par coursier cinq ouvrages pour étayer ses actions durant son long règne au sein de l’IMA.
Flanqué de fidèles de la première heure, notamment de son conseiller culturel, Claude Mollard, l’omnipotent ministre de la culture de François Mitterrand a, il est vrai, redonné un élan à une institution moribonde, en mettant à profit son vaste réseau pour activer les mécénats.
Cette stratégie lui avait alors permis d’obtenir des financements du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, notamment pour la restauration des moucharabiehs et de la bibliothèque. Un appel d’air financier qui ne l’a pas empêché de programmer des expositions que jamais ces bailleurs n’auraient autorisées sur leur sol. « Habibi, les révolutions de l’amour », présentée à l’automne 2022, en offrait une illustration frappante en mettant en avant des œuvres centrées autour des identités LGBTQIA+.
Tensions politiques
En interne, les équipes peinaient toutefois à suivre le rythme de cet hyperactif qui tolère difficilement que ses proches prennent des vacances. Souvent moqué pour son art de flatter journalistes et puissants, Jack Lang a pu se montrer parfois d’une brutalité humiliante avec ses collaborateurs, au point de provoquer de nombreux départs, en particulier au service communication.
L’IMA n’aura jamais cessé d’être le théâtre de batailles internes et de polémiques. En 2019, l’établissement est sommé de corriger une carte de la région accrochée dans l’exposition « AlUla, merveille d’Arabie », où l’Etat hébreu n’apparaît pas. Par un retournement révélateur des tensions politiques, le musée parisien s’attire deux ans plus tard l’ire de nombreux intellectuels arabes et des appels au boycott pour avoir emprunté des œuvres à des institutions israéliennes, dont le Musée d’Israël, à Jérusalem, pour l’exposition « Juifs d’Orient ».
En février 2025, sans craindre la colère d’Alger, Jack Lang prend fait et cause pour l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, alors emprisonné, en organisant une soirée de soutien pour réclamer sa libération. Sous sa présidence, l’IMA aura aussi été l’une des rares institutions françaises à ouvrir ses portes aux créateurs palestiniens, avec « Ce que la Palestine apporte au monde », en 2023, et plus récemment « Les Trésors sauvés de Gaza. 5 000 ans d’histoire », dénonçant avec une rare liberté sur son compte Instagram les atrocités à Gaza et la situation « inhumaine » en Cisjordanie.
Il est toutefois arrivé que le Quai d’Orsay le rappelle à l’ordre. Lors du Hirak, la contestation algérienne contre le président Abdelaziz Bouteflika, Jack Lang, porté par l’élan de la jeunesse qui manifeste dans les rues, enregistre une vidéo célébrant ce qu’il juge être un mouvement exemplaire. Trop enthousiaste au goût de la diplomatie française, qui en stoppe aussitôt la publication.
Promesses-chocs
Autre revers de son ardeur, l’ancien ministre avait la fâcheuse habitude d’annoncer de grands projets sans être à même de les réaliser. L’idée d’une maison de la langue arabe, évaluée à 1,4 million d’euros par an, avec un investissement en équipements de 2,5 millions d’euros, n’a toujours pas décollé faute d’argent.
Pour briguer un quatrième mandat à la tête de l’institution, alors que l’ancien ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian était pressenti pour lui succéder, Jack Lang avait aussi brandi en février 2023 une promesse-choc : métamorphoser le bâtiment de Jean Nouvel en « plus grand musée d’art moderne et contemporain arabe en Occident ». S’appuyant sur le don de 2 000 œuvres accordé en 2021 par le couple de collectionneurs Claude et France Lemand, l’ancien ministre voulait ressusciter un musée à bout de souffle. Au programme : dégager les vues sur la Seine, couvrir le patio et gagner 300 mètres carrés d’espaces d’exposition. Un projet d’envergure, adoubé par Matignon, qui...
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