L’octogénaire a, depuis le début des révélations de ses liens avec Epstein, lundi, refusé de renoncer à la présidence de l’Institut du monde arabe avant de rétropédaler, samedi, pour empêcher «la calomnie».
«Vous me permettrez de rendre publique cette lettre, afin que chacun comprenne que je n’accepterai jamais que l’Institut du monde arabe (IMA), que j’ai eu l’honneur et le bonheur de présider pendant de si longues et belles années, soit entaché par la calomnie.» C’est ainsi que se conclut la lettre de démission envoyée par Jack Lang samedi 7 février en fin d’après-midi au ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans un revirement à la fois inattendu et inévitable.
Alors que la veille au soir le Monde titrait «l’exécutif s’attend à une forte résistance du président de l’Institut du monde arabe» et que le matin même l’avocat de la famille Lang, Laurent Merlet, continuait de dénoncer un battage médiatique assourdissant fait de «bruits de casseroles» laissant entendre que son client resterait sur la ligne «j’y suis, j’y reste», l’ancien ministre de la Culture et président du musée des quais de Seine depuis treize ans semblait enfin prendre la mesure du coup de massue abattu par les «Epstein Files». Ceux-ci recensent des échanges de mails de 2012 à 2019 entre Jeffrey Epstein et la famille Lang, Caroline, la fille aînée, parfois Monique, son épouse, et surtout Jack, parfois renommé «Jacques».
«Jack reste très combatif mais il ne fera jamais rien qui puisse nuire à l’institution. Il a le sens des responsabilités et de la hiérarchie des tutelles, il a su perdre des arbitrages, notamment sous Mitterrand», commençait à déminer le directeur de la communication de l’IMA, Martin Garagnon, joint en fin de semaine. «C’était humiliant pour un ancien ministre d’Etat d’être convoqué par un directeur de cabinet, un dimanche, pour s’entendre dire qu’il devait remettre sa démission, c’était pas du Jack Lang», analyse rétroactivement un proche de l’octogénaire.
Initialement attendu dimanche à 11 heures au Quai d’Orsay, Lang a donc changé son fusil d’épaule et pris un avion samedi de Marrakech, où il s’était rendu en fin de semaine, pour faire face à la situation à Paris. «Les accusations portées à mon encontre sont inexactes et je le démontrerai, par-delà le bruit et la fureur des tribunaux médiatique et numérique», poursuit-il dans sa lettre.
Fanfaronnades distillées
Première personnalité française mouillée par la déferlante Epstein, qui n’a pas fini de faire des vagues, Jack Lang, 86 ans, affirme dans cette même lettre se réjouir «que la justice se saisisse de ce dossier», faisant cette fois référence à l’ouverture de l’enquête du Parquet national financier, vendredi, pour «blanchiment de fraude fiscale aggravée» contre lui et sa fille après les révélations portant sur la création d’une société offshore avec Jeffrey Epstein et des financements répétés venus du magnat américain. «Comme professeur de droit, j’ai le plus grand respect pour les juridictions, auxquelles j’apporterai toute ma contribution», a rappelé celui qui fut ministre de la Culture mais aussi de l’Education, sous Mitterrand puis dans le gouvernement Jospin, plus de onze années cumulées.
On est loin des fanfaronnades distillées en première partie de semaine. Lundi, alors que sa fille Caroline démissionne immédiatement du Syndicat des producteurs indépendants après les premières révélations de Mediapart, Lang, lui, entame une courte campagne sur un mode étonnamment désinvolte. «C’est une plaisanterie ?» répond-il à Marc-Olivier Fogiel, mercredi à l’antenne de RTL, qui l’interroge sur une possible démission de l’IMA. «Blanc comme neige», il assume ses liens avec «le premier Epstein» et enfonce le clou : «J’ai trouvé l’homme passionné par l’art, par la culture, par le cinéma», admettant tout juste de la «naïveté» face à l’Américain qu’il trouvait «charmant». Son départ pour Marrakech le lendemain pour assister, officiellement, à la deuxième édition de la petite foire d’art contemporain 1-54 en dit long aussi sur...
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