De quelques milliers à plusieurs millions d’euros, la valeur des instruments de musique est très variable. Experts et luthiers interviennent selon les besoins et le contexte.
Il y a un an, en mars 2025, le Baron Knoop, un Stradivarius fabriqué en 1715, était vendu à New York à 23 millions de dollars. Un record qui dépasse largement les 15,6 millions de dollars pour lesquels avait été adjugé en 2011 l’un de ses cousins crémonais. Mais comment un prix comme celui-ci est-il fixé ? Balthazar Soulier, conservateur, restaurateur et luthier au sein de l’atelier Cels et expert, explique : « Dans le cas des violons anciens, le critère principal de la valeur marchande est l’authenticité. » Tel violon du 18e siècle est-il un violon italien de Crémone ? S’il est de Crémone, provient-il de l’atelier d’Antonio Stradivari ? Si oui, a-t-il été fabriqué par le maître lui-même ? « Ensuite viennent la qualité, qui comprend la qualité de la réalisation, la beauté des matériaux et du son, puis l’état, et parfois la provenance, c’est-à-dire l’histoire des différents propriétaires de l’instrument au fil des siècles. Le violon de Yehudi Menuhin n’a pas la même valeur qu’un violon ayant appartenu à des anonymes. »
Sur quoi se base l’expertise ?
Jusqu’à très récemment, l’expertise d’un instrument se basait uniquement sur un examen visuel. Avec le développement de nouvelles technologiques, au premier rang desquelles la dendrochronologie (ou technique de datation du bois), les experts ont de nouveaux outils à leur disposition pour prolonger l’excellence de leur œil. Dans le cas des violons, la pousse des épicéas étant fortement influencée par le climat, il est possible, grâce aux lignes de bois et à des recoupements météorologiques, de déterminer précisément l’âge de l’arbre au moment où celui-ci a été coupé. L’analyse des vernis, dans laquelle s’est spécialisé Balthazar Soulier, est aussi un domaine en expansion, quoiqu’il nécessite une opération plus délicate de prélèvement de matière.
« Dans le domaine des objets anciens, la certitude n’existe presque jamais, commente avec un sourire le spécialiste. Comme en criminologie, il est souvent préférable de parler de “faisceaux d’indices”. Le grand public aimerait que l’on puisse dire “c’est un Stradivarius” ou “ça n’en est pas un”. Mais peut-être la femme d’Antonio Stradivari a-t-elle fait des violons, et nous l’ignorons. Peut-être tel violon a-t-il été partiellement fabriqué par le père, et certaines pièces par son fils… »
L’identification d’un instrument passe, en outre, par des documents. Un propriétaire tenté il y a deux ou trois siècles d’apposer une étiquette prestigieuse sur l’instrument d’un petit maître moins connu ne facilite donc pas la tâche de l’expert d’aujourd’hui…
Mais la valeur d’un instrument n’est pas une notion absolue, comme le constate Philippe Bernhard. Ex-musicien du quatuor Modigliani, aujourd’hui programmateur dans différents festivals, il est également conseiller en acquisition d’instruments de collection. Il aide les artistes et leurs mécènes à trouver l’instrument de leurs rêves parmi ceux qui sont en vente à travers le monde. En effet, il est très devenu rare que...
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