De la Bretagne à l’Aude, les professeurs de musique en milieu rural sont en première ligne d’une crise des mobilités, du recrutement et du morcellement des heures de travail.
Alors que les prix à la pompe flambent depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la question des mobilités se pose plus que jamais. Dans les territoires ruraux, qui représentent environ 88 % de la superficie du pays et 33 % de la population, les professeurs de musique multiplient souvent les heures dans différentes structures, et donc les trajets. En Bretagne, Anaïs Gourdin cumule les statuts d’intermittente du spectacle et d’enseignante en chants roms, tziganes et des Balkans à l’école de musique, danse et théâtre du Kreiz Breizh. Rostrenen, où elle vit et enseigne, est séparée d’une trentaine de kilomètres de son autre école au Faouët. « Avoir plusieurs employeurs veut aussi dire doubler, voire tripler les réunions, les interventions, les concerts, les élèves, détaille-t-elle. L’essence n’est pas prise en charge et nos salaires ne sont pas très élevés. » Si le remboursement des frais de transport en commun est obligatoire lorsque le salarié souscrit un abonnement annuel ou mensuel pour ses déplacements entre sa résidence et son lieu de travail, dans beaucoup de territoires ruraux, le réseau n’est pas adapté aux horaires décalés qu’exige le métier, quand il n’est pas tout simplement inexistant.
En plus des difficultés liées à la mobilité, côté structures, « cela pose un problème économique, puisqu’un long trajet entre deux écoles, c’est potentiellement des élèves et des cours en moins », note Alain Baldocchi, élu au conseil d’administration de la Fédération française de l’enseignement artistique. Pour Claude Sauvage, directeur de l’école de musique intercommunale de la communauté de communes Chavanon Combrailles et Volcans, professeur de trompette et d’accordéon, c’est le serpent qui se mord la queue : certains des professeurs ne viennent qu’une journée, les cours sont rapidement complets. Mais les difficultés de recrutement sont telles que, même s’il y a suffisamment d’élèves pour ouvrir une nouvelle classe, il n’y a pas assez d’enseignants.
« Je n’ai trouvé personne »
Car comme sur le reste du territoire, les difficultés de recrutement n’arrangent rien. « Même avec un temps complet, c’est difficile. Il y a quatre ans, je proposais seize heures pour le saxophone, je n’ai trouvé personne, j’ai dû me débrouiller avec un professionnel qui avait déjà enseigné et qui est venu sur son temps libre », témoigne Jean Brunet, professeur de trompette et directeur de l’école de musique intercommunale de la communauté de communes du Limouxin, dans l’Aude. Parfois, aucun CV n’arrive sur le bureau des directeurs et directrices à la publication d’une offre d’emploi. La question du diplôme n’est alors plus prioritaire. « Ce n’est pas la première chose que nous regardons », témoigne Claude Sauvage. Comme beaucoup, Anaïs Gourdin enseigne sans diplôme d’État. « Pour mon embauche, cela n’a pas été un problème car j’avais une maîtrise en musicologie et j’avais déjà enseigné. Dans les deux écoles où je travaille, certains ont le DE d’autres pas, ce qui crée des écarts de salaires. Il faudrait passer par la validation des acquis de l’expérience (VAE) pour passer le DE, mais dans ma spécialité, la direction de chœur, ce n’est pas évident. » Ces contraintes peuvent aussi engendrer des inégalités pédagogiques en pénalisant les instruments plus rares. « Développer une classe de clavecin ou de luth va être difficile à cause du manque d’élèves ou de professeurs pour l’enseigner, et cela a une incidence sur la capacité à faire certains types de pratiques collectives », ajoute Alain Baldocchi.
Suivant les élus du territoire, le niveau d’engagement peut être très hétérogène. En Ille-et-Vilaine, le Département, en grande difficulté financière, a brutalement coupé dans ses financements aux associations, et donc à tout un pan des écoles de musique. La FPEA 35 a remarqué en réponse à cette réalité une transformation des pratiques chez ses adhérents avec une tendance à favoriser les cours collectifs : « Au lieu de prendre un seul élève pour un cours de vingt minutes, les écoles les regroupent pour optimiser les coûts », détaille le président, Yves Montagne. Dans l’Aude, l’école ne manque de...
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