Que faire quand un salarié est mis en cause dans une autre structure ? Fraîchement embauché, un professeur de chant met déjà la direction de l’ESM Bourgogne-Franche-Comté dans l’embarras. Licencié de l’Opéra de Toulon à la suite d’accusations d’agissements sexistes, il est dans le viseur de plusieurs associations qui appellent à une réaction de l’école dijonnaise et du CRR de Lyon, où il enseigne toujours.
« Tout se sait un jour. » Cette formule, que l’on doit à un accessoiriste de l’Opéra de Toulon, clôture, le 13 juin 2024, la sixième réunion du comité social et économique (CSE) de l’année, dont l’objet est le cas très sensible d’un des employés de l’Opéra. Recruté en 2022 au sein de la direction artistique, cet ancien ténor est accusé de « comportement inapproprié » par plusieurs salariées et est alors sous le coup d’une enquête que son employeur toulonnais a confiée au cabinet de conseil Fraissinet. Et le 13 juin 2024 justement, la directrice des opérations et la psychologue du travail du cabinet concluent leurs trois mois d’investigation.
« L’analyse fait apparaître une posture et des comportements qui peuvent être qualifiés d’inappropriés […] en lien notamment avec des agissements sexistes dans un contexte professionnel », expliquent-elles. Plus précisément, le cadre a envoyé des messages tard le soir –nous avons pu en consulter certains – à de jeunes artistes pour leur faire des propositions « avec un comportement de séduction qui semble non consenti et qui peut constituer une forme d’intimidation », précise le rapport du cabinet de conseil en ressources humaines.« Une levrette dans mon bureau, ça me tente bien », écrit-il notamment à une salariée. « Évite d’envoyer des messages à toutes les filles… On se parle… », prévient-elle le 20 juin 2023 en réponse à un autre de ses messages. Des messages versés au dossier de l’enquête. Un échange « certes grivois, mais privé, et qui semble être sorti de son contexte pour me piéger », nous précise le salarié.
En conclusion de ce CSE de juin 2024, le directeur de l’Opéra de Toulon, Jérôme Brunetière, annonce qu’il licencie le salarié. Ce dernier nous a affirmé avoir saisi les prud’hommes mais ne pas être allé au bout de la procédure. Chapitre clos ? Pas tout à fait.
Secousses dijonnaises
Le cas, resté jusqu’ici dans les tiroirs de Toulon, refait surface à Dijon, à la rentrée 2025, quand l'ex-chanteur annonce sur les réseaux sociaux sa prise de poste en tant que professeur de chant à l’ESM Bourgogne-Franche-Comté. En CDD, il ne donne cours qu’à un seul élève. Mises au courant des causes de son licenciement, deux associations décident d’alerter les pouvoirs publics dijonnais et la direction de l’ESM : MeTooMedia, association de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans la culture, et Aperto, spécialisée dans la prévention des violences en conservatoires et écoles de musique. Il est nécessaire d’« assurer la sécurité physique et morale de ses étudiantes et étudiants », écrit la présidente de MeTooMedia, Emmanuelle Dancourt, dans un courrier envoyé le 6 décembre dernier à la direction de l’ESM. « Nous demandons la réalisation sans délai d’un audit interne afin d’évaluer la situation », sollicite Christelle Joly, présidente d’Aperto.
La direction de l’ESM Bourgogne-Franche-Comté découvre, selon elle, le passif de son nouvel enseignant en même temps qu’elle reçoit les courriers : « Son recrutement […] est intervenu dans une situation particulièrement urgente. En effet, en septembre 2025, nous avons été informés que notre enseignante de chant ne souhaitait pas reconduire son contrat pour l’année universitaire 2025-2026. Cette décision nous a contraints à rechercher rapidement un remplaçant », explique Charline Vigneron, directrice de l’ESM Bourgogne-Franche-Comté.
Mise à disposition
À 170 kilomètres de là, une autre direction a les oreilles qui sifflent. Car avant d’intégrer l’Opéra de Toulon, le ténor occupait un poste d’enseignant en chant au CRR de Lyon depuis 2009. C’est à l’occasion d’une mise à disposition, à sa demande, qu’il était parti pour le Grand Théâtre. Et après son licenciement, le voilà de retour au conservatoire pour la rentrée de septembre 2024.
La direction était-elle au courant des conditions dans lesquelles s’est déroulé le départ de Toulon de son enseignant de chant ? « Je sais qu’au moment de sa réintégration, il avait été reçu par la direction concernant sa reprise d’activité », indique Gilles Guilleux, directeur du CRR, arrivé en poste en septembre 2025, prenant la suite de Géry Moutier dont le départ avait fait grand bruit (lire notre article : « À Lyon, une crise politique et financière divise le conservatoire », numéro 580).
Selon nos informations, la direction du CRR de Lyon de l’époque et la directrice des ressources humaines avaient bien tenté d’en savoir plus concernant son professeur. « Ils étaient très préoccupés parce qu’ils avaient été mis au courant de l’affaire via d’anciens étudiants, mais ils ne savaient pas quoi faire », nous raconte une source en interne. Preuve de la complexité de la situation, le CRR aurait alors demandé à recevoir des informations précises concernant l’enquête du cabinet Fraissinet. Impossible pour des raisons de confidentialité, répondrait-on en interne. Ce serait donc faute d’éléments exploitables que le CRR a réintégré l’enseignant à la fin de sa...
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