Le consulat général de Chine à Strasbourg n’apprécie pas du tout la programmation d’un spectacle sur Taïwan au théâtre du Maillon. Il l’a fait savoir à la ville de Strasbourg et au lieu culturel.
Strasbourg (Bas-Rhin).– Le théâtre du Maillon a reçu un appel troublant début février 2026. Le coup de fil provenait du consulat général de Chine à Strasbourg. Il venait exprimer le mécontentement du consul à la suite de la programmation du spectacle Ceci n’est pas une ambassade (Made in Taïwan). Dédiée à Taïwan, la pièce invente « une ambassade théâtrale » pour ce pays, décrit comme « un État dont la reconnaissance internationale est inversement proportionnelle à son poids économique ».
Il n’en a pas fallu plus pour susciter l’ire de la représentation diplomatique chinoise. Car la Chine considère que l’île fait partie de son territoire. En l’absence de réponse de la directrice du Maillon, Barbara Engelhardt, l’adjoint au consul général de Chine à Strasbourg s’est directement adressé à la principale financeuse du théâtre, la ville de Strasbourg.
Dans un courriel, Li Jianghua dénonce le propos de la pièce programmée au Maillon : « En montrant les soi-disant drapeau national, hymne national, passeport de Taïwan, et protestant la résolution no 758 de l’ONU, cette pièce est complètement de nature politique, visant à promouvoir l’indépendance de Taïwan, ce qui est diamétralement opposé au consensus de la communauté internationale et à la promesse solennelle faite par le gouvernement français au moment de l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine, et nuit gravement à la souveraineté et l’intégralité territoriale de la Chine. » Et prolonge : « Quant il s’agit de la souveraineté et de l’intégralité territoriale, le problème est toujours très sérieux, justement comme le problème du Groenland. »
Li Jianghua conclut en sollicitant un entretien avec l’adjointe à la maire chargée des relations internationales, Véronique Bertholle, « pour voir comment régler le problème de la pièce ».
« Strasbourg ne participera à aucune pression »
Véronique Bertholle n’a pas donné suite à nos sollicitations. La communication de la ville a confirmé nos informations en réagissant en ces termes : « Nous réitérons notre attachement à la liberté d’expression et de création, garantie par la loi. Strasbourg ne participera à aucune opération de pression ou de censure contre des artistes. »
Sur la page web de la pièce Ceci n’est pas une ambassade (Made in Taïwan), l’une des actrices souligne l’importance de l’œuvre théâtrale pour exprimer son point de vue. « Nous avons l’impression qu’à chaque fois que nous voulons participer à des événements internationaux, nous devons cacher notre nationalité, ou nous ne pouvons pas parler librement de politique ou de notre positionnement, détaille Chiayo Kuo, par ailleurs salariée d’une organisation non gouvernementale qui milite pour la reconnaissance de Taïwan. Mais ici au théâtre c’est différent, nous pouvons nous tenir sur scène et parler de politique, de ce que nous pensons et de tout ce que nous ne sommes pas autorisés à dire dans d’autres lieux dans le monde. Par exemple, si nous parlons de politique en dehors du théâtre, parfois on se fait tout simplement expulser. »
Directeur du théâtre du Maillon entre 2002 et 2015, Bernard Fleury réagit à cette pression de...
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