A la veille de l’ouverture du Festival d’Avignon, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles s’alarme, dans un courrier envoyé à Emmanuel Macron et à différents ministres, d’une situation d’extrême urgence.
Catherine Pégard, ministre de la culture depuis le 26 février, renoue avec une tradition boudée par Rachida Dati, en se rendant le 4 juillet à Avignon pour assister (entre autres) à l’ouverture du Festival dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Une initiative qui ne suffira pas à apaiser l’inquiétude galopante d’un secteur très fragilisé par les baisses continues des aides publiques.
Ces diminutions ne cessent de s’aggraver, au point que le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) a adressé, le 3 juillet, au président de la République, un courrier très alarmiste, dont Le Monde a pris connaissance. Une copie a été envoyée au premier ministre ainsi qu’aux ministres de la culture, de l’économie, des comptes publics, de la présidence de l’Assemblée nationale, du président du Sénat et des présidentes et présidents des groupes à l’Assemblée nationale et aux directions de partis (à l’exception du Rassemblement national et du groupe Union des droites pour la République). « Nous apprenons avec une profonde inquiétude l’imminence d’annonces du gouvernement qui entérineraient une annulation drastique de crédits alloués au service public de la culture. A l’orée des grands festivals, la culture, déjà exsangue, se trouve exposée à des décisions dont les conséquences sur l’emploi et sur tout un écosystème demeurent potentiellement irréversibles », peut-on lire en introduction de cette lettre qui dénonce, aussi, une situation « d’une extrême urgence. »
En baisse de 173,4 millions d’euros par rapport à l’année 2025, le budget 2026 de la culture (3,7 milliards d’euros) est loin d’être sanctuarisé. Du côté des théâtres, cette diminution a affecté les subventions attribuées par l’Etat : moins 5 % des crédits pour la création.
Douze centres dramatiques nationaux
Plus grave, 28 structures – le Syndeac l’écrit dans son courrier – ne toucheront pas l’intégralité des aides promises. Un premier versement (50 % de la subvention) effectué entre avril et la fin de mai aurait en effet dû être suivi d’un second, équivalent, en septembre. C’était compter sans les 4 milliards d’économie supplémentaires réclamés, à la fin de mai, par le premier ministre. Conséquence : les 50 % attendus par ces 28 structures devraient être amputés de 10 à 12 %. Une information confirmée par l’entourage de la ministre de la culture : « Nous avions effectivement retenu 50 % de leurs subventions aux 28 plus grosses structures. Nous devons geler une petite partie des subventions restantes et retenir 10 à 12 % sur la subvention totale. Bien sûr, si certains lieux sont en grande difficulté, nous étudierons leur situation au cas par cas. »
« Il ne s’agit pas de différencier les grosses et les petites institutions, précise Christophe Rauck, directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers (Hauts-de-Seine), si l’un d’entre nous est atteint, c’est toute la machine qui va se gripper. » Visé par ces nouvelles restrictions, il s’attend à perdre, toutes amputations confondues, une somme qui pourrait atteindre 450 300 euros sur une subvention initiale de l’Etat de 4 847 000 d’euros. « Tout dépendra de ce qui nous est soustrait. Mais qu’il s’agisse de 10 % ou de 12 %, les suites seront les suivantes : des caisses vides, des banques qui ne nous prêteront plus d’argent, des annulations de spectacles déjà prévus et qui nécessiteront des dédits, des fermetures du lieu à plus ou moins long terme et un chômage technique partiel. »
D’après le Syndeac, parmi les 28 structures touchées, se trouveraient douze centres dramatiques nationaux (Caen, Bordeaux, Marseille, Nanterre, Reims, Rennes, Saint-Denis, Saint-Etienne, Toulouse, Montpellier, Aubervilliers, Villeurbanne), trois scènes nationales (MC2 de Grenoble, MC93 de Bobigny, MAC de Créteil), deux théâtres parisiens (le Rond-Point et l’Athénée), sept opéras (Lyon, Strasbourg, Toulouse, Bordeaux, Nancy, Montpellier, Lyon) et quatre orchestres nationaux (Ile-de-France, Pays de la Loire, Lyon, Lille). Pour Joris Mathieu, coprésident du Syndeac, « il y a un risque réel que certaines de ces structures ne puissent honorer leur saison à la rentrée. Un risque réel de voir s’annuler des productions, des coproductions et des résidences. »
« Moratoire immédiat »
Le Syndeac est sur le pied de guerre. Les motifs d’alarme, à l’en croire, ne manquent pas : il s’inquiète ainsi des annonces que doit faire, le 7 juillet, le Comité d’alerte des finances publiques. Il est aussi préoccupé par le projet de loi de finances (PLF) 2027 en cours de préparation au sujet duquel Joris Mathieu avance des chiffres préoccupants : « Selon nos sources, les coupes à venir pourraient se situer entre 10 et 20 % du budget de la culture. » Contacté, le service de presse du...
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