Victimes de la baisse des financements publics et des aides à l’emploi, les compagnies de théâtre sont fragilisées comme jamais, dévoile une étude. Un créateur interrogé sur cinq envisage même d’abandonner son activité.
C‘est un fait que nul ne peut ignorer dans le secteur du spectacle vivant. Une crise inédite frappe tous ses maillons, et ses conséquences alimenteront forcément les réflexions prévues au Festival d’Avignon, et dans son Off, à partir du 4 juillet. L’étude « Évolution de la situation des équipes artistiques : création, diffusion, emploi », de l’Association des professionnel.le.s de l’administration du spectacle (Lapas), devrait contribuer au débat, sous l’angle des menaces touchant spécifiquement les compagnies. Deux cent quatre-vingt-six compagnies, ainsi que trois cent quarante-neuf professionnels administratifs, y ont participé en ce printemps. Parmi les enseignements tirés figurent des chiffres particulièrement inquiétants pour la vitalité de la création et pour l’emploi : 21 % des créateurs répondants pensent dissoudre leur compagnie et abandonner leur activité d’ici à trois ans ; s’agissant de leurs conditions de création, 70 % disent avoir dû réduire leurs frais concernant la technique, 42 %, avoir diminué le nombre de semaines de répétitions et de collaborateurs (hors interprètes) pour leurs créations. Enfin, 19 % des équipes indiquent avoir été contraintes de limiter le nombre d’interprètes sur leurs projets.
De plus en plus délétère, la chute des financements publics de la culture touche tout l’écosystème du spectacle vivant, lieux et festivals inclus. Mais les compagnies sont les plus fragiles, subissant souvent des baisses d’aides directes de leurs partenaires publics, mais aussi celles qui affectent producteurs et diffuseurs, par effet domino. Et comme si cela ne suffisait pas, la diminution des aides à l’emploi du plateau artistique, par la baisse de dotation du Fonpeps, contribue, encore, à assombrir le tableau.
« Les lieux veulent toujours soutenir les compagnies, mais leurs moyens fondent. On n’arrive plus à obtenir de véritables coproductions, c’est-à-dire autour de 10 000 ou 20 000 euros d’une structure. Aujourd’hui, quand on a 5 000 euros, c’est presque considéré comme un gros montant, remarque Lorinne Florange, coresponsable avec Grégoire Le Divelec du bureau d’accompagnement Hectores. Paola Gilles, directrice de production et de la diffusion des spectacles de Gisèle Vienne, constate : « Malgré l’expérience et la reconnaissance du travail de Gisèle Vienne, nous avons du mal à nous projeter. Nous sommes continuellement suspendus aux lèvres de certains coproducteurs qui ne savent pas, dans l’année en cours, s’ils pourront maintenir le montant de coproduction sur lequel ils pensaient pouvoir s’engager, ou même s’ils pourront conserver l’événement ou le festival sur lequel un spectacle de la compagnie est programmé. »
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L’étude de Lapas montre que la diffusion est également impactée, avec une baisse prévisionnelle de 37 % pour la saison à venir — qui s’ajoute à la chute en cours depuis plusieurs saisons. L’ensemble des équipes artistiques du spectacle vivant, toutes disciplines confondues, est concerné. Et l’exemple des compagnies jeune public est particulièrement éloquent. Leur modèle économique, parce qu’elles sont plus faiblement dotées en moyens de production, repose sur des tournées fournies associant représentations tout public et scolaires. La compagnie la Boîte à sel a ainsi subi une baisse du nombre de représentations de 43 % entre les saisons 2022-2023 et celle qui s’achève. « La compagnie est autofinancée à hauteur de 83 % par la vente de ses spectacles, explique Céline Garnavault, sa metteuse en scène. Les tournées permettent de payer les salaires des artistes, des techniciens et des personnels administratifs, autant que la logistique et le stockage des décors. » Une chute de la diffusion constatée dans des ordres de grandeur similaires chez d’autres compagnies et qui ne...
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