Savoir s’exprimer en public, vaincre sa timidité, s’amuser, se libérer… La pratique de la scène comme hobbie connaît un engouement exceptionnel. Tant et si bien que certaines salles sont obligées de refuser du monde.
Depuis la rue, la chapelle Saint-Charles de la Croix-Saint-Simon (20e) semble endormie. Il est 21 heures, ce mardi soir, quand un groupe de jeunes franchit le petit portail en fer et descend les marches qui mènent au sous-sol. C’est dans cet endroit faiblement éclairé, sommaire et vieillot, que se rejoignent une fois par semaine, dans une des salles, la quinzaine de pratiquants du cours de théâtre amateur pour débutants donné par Maxime Ferreira. À 30 ans, celui-ci enseigne en parallèle de son métier de comédien, au Cours Paul-Clément, un des plus importants de la capitale, fondé en 2004. « L’endroit n’est pas idéal mais les lieux manquent à Paris », explique le jeune prof, lui-même passé par le cours, qui accueille mille cent élèves chaque année.
Ce soir-là, les participants, âgés de 22 à 35 ans, vont répéter, jusqu’à plus de 23 heures, Le Songe d’une nuit d’été, une pièce de Shakespeare de 1595 que Maxime a lui-même choisie et adaptée, inventant des personnages pour attribuer un rôle à chacun. Après les exercices d’improvisation des premières semaines, qui leur ont permis d’apprendre à lâcher prise, commence le travail sur le spectacle de fin d’année. Quelques minutes d’échauffement, puis vient le temps des répétitions autour de l’acte I, scène II. Certains apprennent leur texte dans le couloir, d’autres s’exercent dans la salle. « Même si un spectacle est en préparation, les pratiquants doivent avant tout prendre du plaisir », confie le professeur. Venus « se défouler », « rencontrer de nouvelles personnes », « apprendre à parler en public » ou « apprivoiser leur timidité », ces élèves sont de jeunes actifs diplômés, plutôt éloignés du monde artistique, aux professions variées : juriste, ingénieur, consultant, journaliste… Ils sont spectateurs de théâtre mais peu assidus. « Il n’y a pas beaucoup d’endroits où l’on peut jouer sans se soucier du regard des autres, comme lorsqu’on était enfant », explique Iris, 28 ans, venue grâce à un ami. Elle a fait du théâtre plus jeune et en garde un bon souvenir.
C’est aussi cette expérience agréable qui a attiré Raphaël, 32 ans. « Je voulais refaire du théâtre depuis longtemps, mais je n’osais pas. Un ami m’y a poussé. C’est un moyen génial de se reconnecter à son instinct, de ne pas réfléchir, de s’extraire de son quotidien. » Des propos que confirment Adéla, 35 ans, cheffe de projet informatique, ou Louis, 31 ans, ingénieur : « Je fais du code toute la journée, et dois parfois parler en public. Le théâtre me libère. » Ancienne bègue, Éva, 31 ans, trouve ici le moyen de reprendre confiance à l’oral.
500 000 pratiquants en France
En France, le ministère de la Culture recense 500 000 pratiquants, dont la moitié a moins de 37 ans. La Maison des pratiques artistiques amateurs, chargée de leur promotion à Paris à travers, notamment, la mise à disposition de salles, a vu la part des amoureux de théâtre passer de 44 % (en 2023) à 50 % (en 2024) avec près de six cents groupes accueillis. Grégory Bellanger, directeur du Cours Clément, observe aussi cette évolution : « De deux ou trois cours à l’ouverture de l’école, nous sommes passés à une soixantaine chaque semaine. L’engouement est tel que nous ouvrons une ou deux classes de plus chaque année. » Les tarifs ? 700 € par an pour les débutants, jusqu’à 935 € pour...
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