En jouant de son violoncelle devant des immeubles effondrés de Beyrouth, Mahdi al-Sahili a tenté d’alerter l’opinion internationale sur le sort du Liban.
ÀHaret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, les immeubles ouverts comme des plaies béantes laissent apparaître leurs entrailles de béton et de fer tordu. Il y a seulement quelques heures, une bombe a éventré une partie du quartier. Des étages entiers se sont écrasés les uns sur les autres. Les cages d’escaliers ne mènent plus nulle part. Ici, une façade tient encore, percée de pièces à ciel ouvert. Là, un appartement s’arrête net, suspendu au-dessus du vide, avec ce qu’il reste d’une chaise figée dans la poussière.
Au milieu des ruines encore fumantes, des notes de musique s’élèvent. L’archet entame une mélodie de Dvořák, bientôt rejointe par les lignes plus sombres de Khatchatourian. Assis sur un bloc de béton, Mahdi al-Sahili joue sans précipitation, le geste sûr, presque étranger à ce qui l’entoure. La musique s’installe, prend de l’ampleur, circule entre les murs éventrés et se glisse dans les interstices du béton brisé. Aux pieds du musicien, les gravats absorbent les vibrations, étouffent presque l’écho. Rien ne vient répondre à la musique sinon ce silence compact laissé par les bombardements israéliens. La mélodie n’adoucit pas. Elle expose la guerre qui déchire de nouveau le pays de Mahdi : « Face à la destruction, je n’ai trouvé qu’un moyen d’y répondre : jouer. Il fallait montrer au monde ce qui se passe ici. La musique peut porter ce message », explique-t-il. La scène est filmée. En quelques heures, la vidéo circule d’un écran à l’autre, largement relayée sur les réseaux sociaux.
Depuis plus d’un mois et demi, le Liban est sous les bombes. Dans la nuit du 1er au 2 mars, le régime israélien a lancé une offensive contre le pays des cèdres, en réponse aux tirs de roquettes du Hezbollah en soutien à l’Iran. Depuis, dans le sud du Liban comme dans la Békaa et la banlieue de Beyrouth, les ordres d’évacuation se superposent, vidant des régions entières de leurs habitants. Au total, près de 1,2 million de civils sont jetés sur les routes, soit 20 % de la population du pays pris dans un étau qui se resserre. « Les déplacements forcés constituent un crime de guerre », rappelle Ramzi Kaiss, chercheur au sein de Human Rights Watch.
L’asphyxie des frappes israéliennes
Au Liban, le carnage ne se cantonne plus à une ligne de front identifiable. Il progresse et s’abat sur des quartiers résidentiels, des ambulances, des équipes soignantes, des journalistes, etc. À ces frappes meurtrières s’ajoute une projection politique explicite. L’invasion ainsi que l’occupation du sud du pays s’inscrivent désormais dans les déclarations officielles du gouvernement israélien. La campagne de bombardements ne se limite plus à détruire. Elle prépare un territoire à être vidé et occupé. Le 8 avril, le massacre est total. En dix minutes, plus d’une centaine de bombes sont larguées sur différentes zones du pays. Le bilan, qui ne cesse de s’alourdir, est effroyable : 357 morts et près de 2 000 blessés, a annoncé le ministère de la Santé vendredi soir. Une journée noire, dont la brutalité tient autant à l’ampleur des frappes qu’à leur condensation.
« Ce jour-là, j’ai vu le deuil, la destruction, l’horreur absolue. Je veux écrire une musique qui porte cette journée. Cent bombes en dix minutes… condenser cela en soixante secondes, pour que chacun puisse imaginer ce qui s’est passé », explique le musicien depuis Beyrouth. Alors que l’horreur contraint à détourner le regard, le violoncelle de Mahdi al-Sahili le ramène. Il ne cherche ni à atténuer ni à éloigner. Il impose la confrontation en se...
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