Conclu samedi, le festival héraultais a relayé, en coulisse, les craintes du milieu chorégraphique sur fond de coupes budgétaires et de montée de l’extrême droite. Sur scène, la délicatesse du trio Garcia-Wachter-Bory a contrasté avec l’enfumage boursouflé du collectif (La)Horde.
Pas le temps de souffler à Montpellier, où un festival chasse l’autre. Ainsi, à peine Montpellier Danse a-t-il tiré sa révérence, que s’est ouvert le Festival Radio France Montpellier Occitanie, les deux événements, en bonne intelligence, ayant même imaginé un passage de témoin, samedi 4 juillet, dans le cadre enchanteur du domaine d’O, où le Sept Larmes pour Elisabeth de la triplette, Thibaut Garcia-Aure Wachter-Aurélien Bory, assurait la transition, sous forme de coproduction reliant les deux événements.
Relais actif d’une profonde inquiétude liée au contexte économico-socio-politique dans lequel la culture tente de surnager, Montpellier Danse a hébergé, le 24 juin, une prise de parole du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac) destinée, par le biais de vingt propositions – généralisation de dispositifs tels que Danse en territoire afin de favoriser la diffusion, extension du crédit d’impôt spectacle vivant au champ chorégraphique… –, à «remettre la création chorégraphique au cœur du débat public».
Le Syndeac, entre autres étapes estivales destinées à sonner le tocsin, a ainsi proposé diverses initiatives visant à contrer, sur fond de montée de l’extrême droite, les coupes budgétaires menant à «une destruction méthodiques des capacités de création, de production et de diffusion des œuvres et, derrière elles, du modèle culturel français lui-même». Alors que, constate le même rapport, «les salles de spectacles et les festivals n’ont jamais accueilli autant de public».
Désespérant de vacuité
En ce sens, Montpellier Danse n’a pas failli, qui, pour sa 46e édition étalée sur quinze jours, annonce un taux de remplissage de 91 % et 27 000 places vendues, auxquelles il faudra ajouter une vingtaine d’événements gratuits dans l’espace public. Un succès, du point de vue de la nouvelle direction collégiale formée par Dominique Hervieu, Jann Gallois, Pierre Martinez et Hofesh Shechter, ayant succédé à Jean-Paul Montanari, disparu en avril 2025, qui en avait pris la tête dès 1983.
Le cru 2026 précisant avoir accueilli 39 compagnies (pour 36 spectacles), dont la moitié programmées pour la première fois, dans un événement qui se félicite, par la même occasion, d’un rayonnement international avec 430 professionnels venus humer l’air (très chaud) du temps chorégraphique, dont 84 internationaux en provenance de 22 pays, y compris «des délégations de programmateurs canadiens et américains».
Lesquels n’auront sans doute pas loupé, la «création mondiale» de (La)Horde. Une des coqueluches de la danse contemporaine, dont la notoriété a explosé ces dernières années – via les tournées de Madonna ou de Rosalía, entre autres collaborations flashy –, qui remplissait à l’aise, deux soirs de suite, le vaste Corum de Montpellier. Où l’on plongeait dans un abîme de perplexité, mâtinée d’un profond agacement, en découvrant cet Après moi le déluge aussi dispendieux que désespérant de vacuité.
Guitariste prodige
Engloutie dans un décor pharaonique – un gigantesque plateau qui s’incline pour révéler en son milieu un cratère, qui s’ouvrira à son tour sur un monde souterrain, avec un grand bassin noyé dans une atmosphère vaporeuse –, la (seulement) troisième création du collectif, depuis qu’il a pris la tête du Ballet national de Marseille, en 2019, restera ainsi comme la déconvenue majeure du festival, péplum rétrofuturiste pénible, à l’image d’une bande-son éreintante (cf. le remix du Chop Suey ! de System of a Down) et...
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