Un collectif de salariés et d’usagers a alerté début juin sur le risque d’une cessation temporaire d’activité de la mythique friche artistique des Hauts-de-France, dans un contexte de tensions. Face au tollé, les partenaires institutionnels du lieu ont tenté, mardi 9 juin, d’apaiser la crise.
Baissons le feu sous les marmites, conjuraient en substance, mardi 9 juin en sous-préfecture de Calais, les différents partenaires financiers du Channel. La plus grande scène nationale du nord de la France va mal, c’est un fait. Mais contrairement à ce qui circule, personne n’a confirmé qu’elle fermerait ses portes au 1er juillet, que les 18 salariés seraient mis d’office au chômage partiel, que la saison serait condamnée, que les 1 700 lycéens du coin qui attendent de pied ferme leur «grand bal rituel» devraient s’assoir dessus, que les intermittents resteraient sur le carreau et que la philosophie entière de ce lieu mythique, anciens abattoirs reconvertis en lieu culturel hybride, implanté dans un quartier pauvre d’une des villes les moins riches de France, serait balayée d’un revers de main sans discussion.
Alors que les braises crépitaient partout depuis dix jours sur les réseaux sociaux et dans la presse, alarmant sur un «sabordage pur et simple» (dixit le conseiller municipal d’opposition Jean-Philippe Lannoy) d’un projet qui dure depuis plus de trente ans, les représentants de la ville de Calais (financeur majoritaire à hauteur de 800 000 euros), de la région Hauts-de-France (750 000), du ministère de la Culture (650 000) et du département du Pas-de-Calais (350 000) rencontraient mardi après-midi les équipes du site pour rappeler leur «plein soutien», notamment financier, au nouveau projet qui doit s’écrire au Channel après le départ contraint de son historique directeur, Francis Peduzzi, fin 2024. «Nous sommes réunis pour mettre un terme aux rumeurs et à l’inquiétude légitime des salariés», a introduit la représentante du département. «Le rapport qui a été commandé n’a pas été soumis au conseil d’administration. Il vise simplement à nous alerter mais n’est ni finalisé, ni conclusif, a embrayé la Direction régionale des affaires culturelles. Aucune décision n’a été entérinée.»
Symbole de lutte
Le 2 juin, un collectif de salariés et d’usagers du lieu alertait en effet publiquement sur une menace de cessation temporaire d’activité du lieu, préconisation formulée dans un audit externe commandé par la nouvelle directrice des lieux, Sophie Mugnier. Cette professionnelle du service public de la culture, qui a œuvré à Brétigny-sur-Orge (Essonne), Châtillon (Hauts-de-Seine), Cergy (Val-d’Oise) ou Tarbes (Hautes-Pyrénées), a été nommée au Channel avec le consensus unanime du comité de sélection et est arrivée sur site en novembre dans un contexte qu’il faut rappeler.
Le Channel était dirigé de 1991 à 2024 par un seul et même homme, Francis Peduzzi, charismatique fondateur d’un lieu devenu modèle de friche artistique salué à l’échelle européenne. Chantre de l’éducation populaire, cet acteur culturel incontournable dans l’histoire des institutions culturelles a fait du Channel, en plus de trente ans d’aventure collective, un lieu de vie créatif populaire et très aimé des habitants autant qu’un symbole de lutte.
Car sous Peduzzi, le Channel était en lutte. Le directeur et la maire LR de la ville, Natacha Bouchart, menaient l’un contre l’autre une guerre nucléaire, au point que la municipalité avait baissé, d’années en années, le montant de sa subvention (le manque à gagner s’élève à 950 000 euros chiffrait la direction en 2023), contraignant les autres partenaires (région, département, Etat) à compenser comme ils pouvaient. Vu l’état de délabrement des relations entre tutelles, les conseils d’administration du Channel étaient réputés, dit-on, «irrespirables». Finalement, en 2023, cartes sur table : la ville conditionnait le versement de ses crédits au départ de Peduzzi. Le directeur est parti avec un chèque plus que confortable. Dans quel état laisse-t-il le lieu ?
On sait, entre autres, qu’il laisse un site à la réputation conviviale et hospitalière, certes, mais en forme de gouffre financier. A qui la faute ? Comme d’autres lieux culturels en France, la construction (ici réhabilitation) date d’une autre époque, pas aussi attentive que la nôtre aux conditions d’isolation. Le Channel, ce sont de grands bâtiments forts d’espaces très adaptables pour pouvoir réinventer le site à chaque manifestation. Seulement, ce qui a...
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