La ministre Rachida Dati veut transformer la plateforme, destinée à l’origine à financer des activités culturelles pour les jeunes, en une ressource répertoriant les offres culturelles proches de chez soi – mais sans aide financière.
« Le Pass culture pour tous » : la formule claque. Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce slogan marketing lancé par Rachida Dati, jeudi 15 janvier, lors de son déplacement à Saint-Dié-des-Vosges ? En annonçant la « généralisation » du Pass culture, conçu depuis 2021 pour financer des activités culturelles pour les jeunes de 18 ans, la ministre de la culture utilise une expression abusive. En réalité, il s’agit d’inviter tout le monde à télécharger cette application numérique pour connaître les événements culturels proches de chez soi. Cette initiative a le mérite de ne pas coûter cher puisqu’elle ne s’accompagne d’aucun financement supplémentaire. Il n’est évidemment pas question d’offrir un crédit pour financer des sorties culturelles à toute la population mais simplement d’inciter chacun à utiliser cet outil pour géolocaliser les activités de proximité.
Alors que le budget du Pass culture a été revu à la baisse (127 millions en 2026 contre 170 millions en 2025) et le montant de la part individuelle versée aux jeunes largement diminuée (150 euros, au lieu de 300, à 18 ans), ce dispositif phare de la politique culturelle voulue par Emmanuel Macron joue sa survie.
Expérimenté depuis novembre 2024 dans la région Grand-Est, ce « Pass culture pour tous » sera « généralisé progressivement à tout le territoire durant l’année 2026 », explique au Monde Laurence Tison-Vuillaume, présidente du Pass culture, désormais opérateur culturel de l’Etat et non plus seulement société par actions simplifiée. « Nous offrons un nouveau service visant à permettre à tout le public, quel que soit son âge, d’accéder à l’offre culturelle près de chez lui. Le besoin est particulièrement important dans les territoires ruraux où les habitants sont en attente d’une plus grande visibilité des offres culturelles de proximité », insiste-t-elle.
Dans le Grand-Est, 264 acteurs culturels supplémentaires se sont inscrits sur le dispositif à la suite de l’expérimentation (parmi lesquels le Carnaval de la forêt, la forteresse médiévale de Châtel-sur-Moselle, l’espace culturel George-Sadoul de Saint-Dié-des-Vosges, etc.), portant leur nombre total à 3 500. « Pour recenser une offre variée et fine, englobant les fêtes locales, les salles communales, les fanfares, etc., nous avons noué des relations étroites avec les collectivités locales et les offices du tourisme », explique la présidente. La future généralisation vise donc à élargir les propositions sur une application qui regroupe déjà 46 000 acteurs culturels.
Campagne de communication nationale
« L’ouverture à tous est un axe stratégique nouveau pour le Pass, veut croire Laurence Tison-Vuillaume. On ne s’adresse plus qu’aux jeunes mais à tous les Français. Les acteurs culturels vont désormais pouvoir proposer des offres tout public ou familiales. » Cette idée avait été émise dès la création du Pass culture notamment par Françoise Nyssen. En 2019, l’ancienne ministre de la culture expliquait : « A terme, le Pass pourrait être un outil utilisé par tous les Français, sans argent à la clé. Ce serait alors comme un Pariscope ou un Allociné pour la culture en France. » Encore faut-il que la population s’empare de cet outil d’information pour que l’opération fonctionne. Une campagne de communication nationale est prévue courant 2026.
En attendant, un arrêté en date du 3 décembre 2025 modifie les règles de fonctionnement de la part individuelle du Pass. Outre la diminution de son montant, la liste des domaines d’activités proposés a été mise à jour : aux musées, centres d’art, spectacle vivant, cinéma, audiovisuel, musique, instruments de musique, livres, presse, jeux vidéo et matériels d’arts créatifs viennent s’ajouter le design et les métiers d’art ainsi que la culture scientifique, technique et industrielle. En revanche, les jeux d’évasion et les activités de loisirs « ne relevant pas de dispositifs proposés par des acteurs culturels d’un des domaines éligibles » en sont exclus. En 2024, un rapport de la Cour des comptes pointait que 16 millions d’euros avaient été « indûment dépensés » pour financer des séances...
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