L’ex-ministre comptait sur son dernier mandat à l’IMA pour sortir par la grande porte. Mais, éclaboussé par l’affaire Epstein, son règne s’achève et sa réputation d’homme de bien avec.
Jack Lang ne parle plus. Quand on l’appelle, on a la surprise de tomber sur son directeur de la communication. Le président de l’Institut du monde arabe (IMA) lui a confié son portable le temps d’une réunion. Et sa parole, le temps d’une diète. C’est son avocat qui fait désormais le tour des médias dans la période floue débutant par l’annonce de sa démission, samedi 7 février, quelques heures après l’ouverture d’une enquête pour blanchiment de fraude fiscale aggravée. Le conseil d’administration extraordinaire devant officialiser son départ est prévu mardi 17 février. Le silence de Jack Lang est « une forme d’élégance pour ne pas interférer dans cette nouvelle séquence », démine son entourage. Ou un moyen de ne pas alourdir l’addition, après une semaine calamiteuse ?
De la parution de l’article de Mediapart, révélant ses liens amicaux et financiers avec le prédateur sexuel Jeffrey Epstein, lundi 2 février, à sa démission cinq jours plus tard, Jack Lang a insisté pour se défendre en première ligne. Et donné des interviews aux matinales de RTL et BFMTV qui, de l’avis même de ses proches, ont été désastreuses : sans un mot pour les victimes, évasif sur les faits et s’auto-acquittant en se déclarant « blanc comme neige ». Son avocat Laurent Merlet concède qu’il y est allé « la fleur au fusil », tellement sûr de sa probité qu’il n’a même pas jeté un œil aux documents dévoilés par la justice américaine. Le président de l’IMA a scellé malgré lui son destin, précipitant son lâchage par l’Élysée, qui s’est contenté de « prendre acte » de sa démission. Sans un mot pour saluer son action.
Ressentiment
« Il voulait à tout prix s’exprimer, et personne ne décide à la place de Jack Lang », se désole-t-on dans son entourage, en évoquant pudiquement « une expression qui ne correspondait peut-être pas aux attentes de l’opinion. » Celle-ci a décuplé la haine tenace contre cette figure des élites culturelles de gauche, au point qu’il a été placé le 9 février sous protection policière. « Une minorité entretient une détestation irrationnelle de Jack Lang, mais la majorité l’adore », veut croire son avocat. L’ancien ministre cristallise un ressentiment, notamment en raison de son train de vie présumé hors sol — dans les années 2010, les costumes et pantalons offerts par le couturier Smalto, pour des sommes astronomiques, y ont contribué. Début 2025, devant l’opéra Garnier, il était même jeté à terre et insulté par des militants d’un collectif antipédocriminalité.
« C’est catastrophique de partir ainsi », s’attriste un compagnon de route, regrettant de voir se noircir, avec cette sortie ratée à 86 ans, le bilan d’un demi-siècle passé au sommet de la culture française et achevé par ces treize années passées à la tête de l’IMA. Pour l’évoquer, on a contacté sa conseillère communication de toujours, Catherine Lawless. Aujourd’hui retraitée, elle a refusé de nous répondre mais a tenu à nous envoyer par coursier les trois livres illustrés qu’elle a consacrés au règne Lang. Cet « IMA des lumières », selon le titre de ce bilan hagiographique, se trouvait en quasi-faillite quand l’ancien ministre, défait aux législatives de 2012, a obtenu du président François Hollande un...
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