Dans un rapport en demi-teinte, la Cour des comptes propose à la structure fondée par Pierre Boulez six pistes d’améliorations.
Les rapports de la Cour des comptes sont souvent accueillis avec un frisson d’inquiétude. Pour cause : la juridiction financière est connue pour son intransigeance.
Sa dernière évaluation de l’Ircam n’y déroge pas : « La situation financière de l’institut est critique », peut-on lire. La trésorerie est en effet négative depuis 2022, et le niveau des fonds propres, « très faible ». La gestion financière et comptable de l’établissement est assez lourdement critiquée par la juridiction, qui parle de « pratiques de gestion pouvant être qualifiées d’artisanales », avec « des anomalies […] en matière de gestion des ressources humaines ». Des problèmes de comptabilité qui rendent par exemple impossible de « calculer le coût » de formation par étudiant.
Le rapport souligne pourtant que l’Ircam reste « le plus grand centre de recherche public dans le monde sur le son et sur la musique en lien avec la création », qui « continue d’incarner une forme d’excellence ». Un point dont Frank Madlener, son directeur, se réjouit : « Le rapport souligne deux choses : l’intérêt de cette maison dans un environnement concurrentiel, et en même temps un besoin de clarification administratif, commente-t-il. Ce document, que je considère comme très précieux dans notre démarche stratégique, pointe avant tout un risque de surchauffe. »
Près de trois quarts de financements publics
L’institution parisienne fondée par Pierre Boulez est liée au centre d’art contemporain Georges-Pompidou, mais conserve une grande autonomie dans ses activités et sa gouvernance. Elle réunit chercheurs, musiciens et techniciens, et se définit à la fois comme un laboratoire de recherche, un lieu de formation, un centre de création et un lieu de production artistique. Sur le plan financier, elle fonctionne avant tout grâce à des financements publics. Les subventions du ministère se combinent aux financements reçus de l’Agence nationale de recherche (ANR) ou de l’Union européenne, en fonction des appels à projets auxquels l’Ircam a répondu. Le budget total, de 12 millions d’euros, est donc soutenu de 68 à 76 % par la puissance publique. Les frais liés au bâtiment (hébergement, fluides, etc.) sont pris en charge par le centre Pompidou.
Quel contrôle pour les tutelles ?
Mais argent public n’est pas toujours synonyme de stabilité : l’unité de recherche de l’Ircam, l’UMR Sciences et technologies de la musique et du son (STMS), est financée à 90 % par des opérateurs publics, mais via des appels à projets : « Un gage d’excellence », précise le rapport, mais également une forme de précarité puisque ces budgets sont fluctuants d’une année à l’autre. « Concrètement, l’Ircam a absorbé le point d’indice de la fonction publique (en lien avec la grille du centre Pompidou), sans rattrapage de la subvention, commente le directeur de la structure. Accorder plus de moyens à la partie administrative et de gestion de l’institut, selon les recommandations, signifiera logiquement une réduction de notre activité si notre subvention principale reste étale. »
Si le statut d’association offre « une certaine souplesse de gestion », admet la juridiction, elle recommande que la structure devienne un opérateur de l’État. Le but serait notamment de « renforcer » le contrôle financier par ses tutelles, que la Cour ne juge pas...
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