Visé par le projet de loi Ripost qui instituerait une répression sans précédent, le mouvement free party se mobilise depuis trois week-ends pour se faire entendre. « Mediapart » explique d’où il vient, ce qu’on y fait et y écoute, et ce qu’il défend.
SamediSamedi 13 juin, les teufeurs et teufeuses de France se mobilisent pour un troisième week-end de « manifestives », des rassemblements organisés afin de protester contre l’adoption en cours par le Parlement de mesures répressives sans précédent pour le mouvement free party.
Des cortèges et des sound systems devraient défiler dans huit villes, parmi lesquelles Paris où le départ est prévu à midi près de Stalingrad. Cette mobilisation rare du mouvement free party est une réponse aux mesures sécuritaires prévues par le projet de loi Ripost adopté en première lecture par le Sénat le mardi 26 mai.
Une fois le texte adopté définitivement, les organisateurs et organisatrices, responsables solidairement, risqueront deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Les participant·es pourront recevoir une amende forfaitaire de 1 500 euros, ou risquer une peine de six mois de prison et 7 500 euros d’amende.
À l’occasion de cette journée de mobilisation historique pour le mouvement des free parties, Mediapart a demandé à plusieurs spécialistes d’expliquer à quoi il correspond exactement, d’où il vient, ce qu’il s’y passe et les valeurs qu’il défend.
Qu’est-ce que le mouvement free party ?
À l’origine des free parties, il y a les rave parties, des fêtes nées, à la fin des années 1980, de la répression par le gouvernement de Margaret Thatcher des fêtes techno. « Un texte de 1986 notamment a imposé la fermeture des lieux de fête et des bars de nuit à partir de 2 heures du matin, raconte Guillaume Kosmicki, musicologue et auteur du livre Free party. Une histoire, des histoires (Le mot et le reste, 2018, réédité en septembre 2024). C’est toute la jeunesse du Royaume-Uni qui s’est retrouvée à la rue, au milieu de la nuit, à chercher des lieux pour poursuivre la fête. »
Ces milliers de jeunes Anglais·es prennent leurs voitures et investissent des lieux abandonnés et isolés, des friches et entrepôts ou usines désaffectées des banlieues ou des champs ou hangars plus loin en zone rurale.
« C’étaient les premières raves, mot qui signifie battre la campagne mais aussi délirer, dire n’importe quoi, reprend Guillaume Kosmicki. Les free parties sont nées un peu après, au début des années 1990, à la fois d’un désir plus libertaire et d’un besoin d’organisation plus pérenne. » Cette organisation se structure autour de sound systems, des collectifs au mode de vie communautaire.
« Ce mode d’organisation se fonde sur le principe du “do it yourself”, du squat mais également sur le nomadisme, avec tout ce que cela suppose de matériel et de savoir-faire pour organiser des fêtes en extérieur, explique encore Guillaume Kosmicki. Puis, ces tekno travellers ont quitté l’Angleterre pour arriver tout d’abord en France où, à partir de 1992, cette culture se diffuse très vite. Ils vont poursuivre dans le reste de l’Europe : en Allemagne, Italie, Espagne… »
Quelle musique y écoute-t-on ?
Lors d’une free party, les lives et les DJ se succèdent pour mixer une musique électronique souvent caractérisée par « des sons durs, saturés, avec des tempos rapides (techno, tribe, hardtek, hardcore...) », explique Guillaume Kosmicki qui précise cependant que, « depuis les années 2010, les sound systems proposent une plus grande variété de sons, parfois plus doux ».
La musique des free parties est « en rapport avec les valeurs du mouvement », poursuit le musicologue. Ainsi, « c’est une musique construite de manière horizontale, avec une structuration faite d’une accumulation, de différentes parties souvent en boucle et qui peuvent apparaître et disparaître », détaille-t-il. « Dans cette architecture, tout est à égalité, ce qui correspond à l’idéal communautaire de cette culture. »
« Cette musique imite la mécanique implacable de la machine, le son de l’industrie, le son de l’usine, analyse encore Guillaume Kosmicki. Au lieu d’avoir peur de cette machine, on lui fait face et on s’amuse avec en se plongeant dans ses sonorités. Ainsi, on exorcise la toute-puissance de la machine qui, d’ailleurs, plante régulièrement. Des bugs symbolisés par la présence de nombreux “cuts” des moments où le rythme s’effondre, autant de remises en question de ce symbole du monde du travail. »
Qui va en free party ?
L’ensemble des acteurs s’accorde pour souligner la diversité des origines sociales des teufeurs et teufeuses. « Il y a des étudiants, fils et filles d’agriculteurs, avocats ou ouvriers, ou des jeunes actifs de tous types de profession, explique Vincent Benso, sociologue et membre de Techno+, une association de santé communautaire (c’est-à-dire autogérée par des membres du mouvement). Le point commun principal, c’est...
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