Dans un texte au « Monde », un collectif de près de 400 professionnels du théâtre et du spectacle vivant – comédiens, directeurs de théâtre, metteurs en scène et auteurs – apporte son soutien aux 600 signataires de la tribune anti-Bolloré.
Nous, gens de théâtre et du spectacle vivant, exprimons notre solidarité avec tous les signataires de la tribune publiée par des producteurs, distributeurs, exploitants, cinéastes, techniciens, lanceurs d’alerte bienvenus, dans le journal Libération du 11 mai. Nous nous élevons avec force contre toute forme de boycott, de censure, de liste noire – des termes qui renvoient tous aux pages les plus noires de notre histoire. Nous affirmons ainsi un nécessaire devoir de vigilance face à des menaces de plus en plus claires et désormais ouvertement formulées sur la pérennité de la liberté d’expression en France.
« Il faut faire nombre », explique à juste titre, dans Le Monde, le cinéaste Robin Campillo pour justifier sa décision de rejoindre les 600 premiers signataires de cette tribune. Il ne nous appartient pas d’entrer ici dans le détail, comme d’autres peuvent le faire de façon tout à fait légitime, sur tel ou tel point du contenu de cette prise de position. La réaction qu’elle a suscitée de la part de l’entreprise concernée et de ses instances dirigeantes est scandaleuse et disproportionnée.
Ce qui nous amène à réagir immédiatement et fermement, au moment où s’achève la 79e édition du Festival de Cannes, réside dans la rapidité, la virulence et la brutalité de la réponse publique du directeur général du groupe Canal+, Maxime Saada, le 17 mai, et dans la stigmatisation d’artistes et de techniciens qu’il opère. Ceux-ci n’ont fait que formuler une inquiétude légitime face à l’emprise plus qu’inquiétante du groupe Bolloré sur une part importante des lieux de création et de diffusion de l’information, des arts et de la culture.
Ne fermons pas les yeux : c’est là
Le vrai visage de ce qui, petit à petit, se distille dans les espaces de pensée, de débat, de transmission et d’éducation sort de terre et ce visage est celui que nous pressentions : un mouvement de fond, une machine en marche qui vise ni plus ni moins à faire taire et à mettre au pas toute parole discordante.
Les faisceaux convergent : récemment, les événements liés aux éditions Grasset, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur « la neutralité, le financement et le fonctionnement de l’audiovisuel public » rapportée par le député ciottiste Charles Alloncle, la multiplication des faits de censure en région visant des artistes de toutes disciplines, le projet du Rassemblement national de privatiser l’audiovisuel public ne sont plus des...
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