En pleine campagne municipale, la scène berlinoise a installé une piscine devant son parvis, financée par son budget en partie composé de subventions publiques. L’extrême droite a aussitôt dénoncé son action.
Le dramaturge Matthias Lilienthal, à la tête du fameux théâtre de la Voksbühne dans le quartier de Mitte, est devenu le chouchou des Berlinois avec son action de protestation contre la dégradation des services publics : il a fait installer une «piscine du peuple» (ouverte jusqu’au 1er octobre) devant son théâtre en puisant dans les ressources publiques de l’établissement. Devant l’imposant bâtiment de la place Rosa-Luxembourg, située près de l’Alexanderplatz, la «Volksbad» a la taille d’un grand bassin (25 mètres et 1,30 mètre de profondeur). Elle dispose d’un stand de frites, de vestiaires, de maîtres-nageurs et d’agents de sécurité.
Avec 300 000 euros prélevés sur le budget de fonctionnement d’un théâtre touché par les coupures budgétaires, Matthias Lilienthal s’attendait bien sûr à une volée de bois vert : c’est le coût d’une grande production de cet établissement culturel qui touche quelque 20 millions d’euros de subventions par an.
«Mais deux personnes qui s’aspergent d’eau, c’est aussi un événement théâtral», répond-il sur un ton provocateur en se félicitant d’avoir déclenché un débat public sur les choix budgétaires en pleine campagne électorale (Berlin élit un nouveau conseil municipal le 20 septembre). «La moitié des piscines sont fermées, les écoles sont contaminées par l’amiante, les trains et les bus circulent de manière irrégulière. Nous avons donc décidé d’apporter une offre supplémentaire en créant une nouvelle piscine publique», dit-il.
Pain béni pour l’extrême droite
C’était sans compter sur l’extrême droite. L’Alternative für Deutschland (AfD) n’attendait qu’une occasion pour attaquer cette institution qu’elle considère comme l’incarnation de «l’establishment culturel» de la gauche libérale. La journée réservée à des enfants et adolescents noirs, dans le cadre d’un programme de vacances organisé par l’association antiraciste Each one teach one, a été l’occasion de protestations attendues pour la cheffe de l’AfD, Alice Weidel, qui a réagi en se demandant s’il fallait «prendre l’apartheid comme modèle pour l’Allemagne».
C’était aussi du pain béni pour la petite chaîne Nius, équivalent de CNews en Allemagne, pour qui la Volksbühne est le symbole de la «terreur du wokisme». Cette «piscine d’élite» et de la «jet-set culturelle» interdit «aux Blancs de se baigner», dénonce la chaîne dirigée par l’ancien rédacteur en chef du quotidien populaire Bild, Julian Reichelt. Toute la panoplie du «racisme antiblanc» y est passée, atteignant des sommets avec l’affiche de l’AfD représentant, avec l’aide de l’IA, de jeunes noirs se baignant dans la piscine : «Séparation raciale aux frais des contribuables. Tu es blanc ? Entrée interdite.» Finalement, cette journée réservée aux enfants de...
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