Que reste-t-il des promesses électorales d’Emmanuel Macron ? Alors que le second quinquennat s’achève, Public Sénat profite de la pause estivale pour passer au crible les principaux engagements pris par le chef de l’Etat lors de ses deux campagnes présidentielles, en 2017 et 2022. Au menu de ce troisième épisode : le Pass Culture, dont l’objectif était de démocratiser l’accès des jeunes à la culture.
Promesse de campagne emblématique en 2017, le Pass Culture avait rapidement été expérimenté dans cinq, puis quatorze départements, avant d’être généralisé en 2021. L’idée était de démocratiser l’accès des jeunes à la culture en créditant 500 euros sur une application « Pass Culture », à laquelle auraient accès tous les jeunes de 18 ans. En 2022, le dispositif est élargi pour les jeunes âgés de 15 à 17 ans, qui disposent d’une somme moins importante (jusqu’à 50 euros pour les jeunes de 17 ans). Cet argent pouvait être utilisé à leur guise par les lycéens pour acheter des places de concert ou de théâtre, mais aussi des biens culturels – des livres, mais aussi des BD ou des mangas, ce qui n’avait pas manqué de faire réagir.
Diminution du budget du pass culture
« Que vous soyez ciné, romans, mangas, jeux vidéo, théâtre, rap, métal ou tout ça à la fois, nous avons créé pour vous le Pass culture », avait résumé Emmanuel Macron sur ses réseaux sociaux au moment de la généralisation du dispositif en mai 2021. Le Président de la République s’était personnellement investi sur cette promesse de campagne de 2017, fortement identifiée par le grand public, et qui a connu un succès certain auprès des lycéens. « Près de 5 millions de jeunes en ont bénéficié, et l’on compte 3 millions d’utilisateurs actifs. Le pass Culture est dans la poche de 91 % des jeunes de 18 ans ou plus, contre 84 % en 2024. Et 40 % des bénéficiaires vivent en zone rurale ou en quartiers prioritaires politique de la Ville », s’est félicitée Laurence Tison-Vuillaume, actuelle présidente du Pass Culture, dans le Dauphiné libéré le 30 juin dernier.
Pourtant, le calibrage budgétaire de la mesure est critiqué depuis de nombreuses années. En 2022, cette « part individuelle » du Pass Culture a d’ailleurs été complétée par une « part collective », destinée à financer les sorties culturelles des enseignants. Cette part collective était une première façon de répondre aux critiques, en répartissant ce budget de manière plus uniforme socialement entre les collégiens et les lycéens, tout en leur donnant accès à des sorties culturelles choisies par les enseignants.
En 2024, plusieurs rapports remettent en cause l’efficacité du dispositif. L’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) note dans son rapport de mai 2024 : « La capacité du pass Culture à atteindre ses objectifs de service public ne peut être démontrée : l’intensification des pratiques culturelles des bénéficiaires du dispositif semble établie, mais son caractère durable apparaît incertain ; la diversification de ces pratiques est impossible à démontrer. Dans ces conditions, faute de pouvoir établir que l’utilisation du pass Culture favorise la réduction des écarts de pratiques culturelles entre milieux sociaux, l’existence d’effets d’aubaine ne peut être exclue. »
Même constat de la Cour des comptes quelques mois plus tard : « Ce réel succès en termes de couverture globale ne saurait toutefois occulter le fait que le pass Culture n’a que partiellement réussi à toucher les jeunes les moins familiers des pratiques culturelles, ce qui pourrait entretenir un effet d’aubaine pour les jeunes disposant d’un capital culturel plus élevé. » Dans le rapport des crédits de la mission Culture dans le budget 2026, les sénateurs Vincent Eblé (PS) et Didier Rambaud (RDPI) résument cette montée en charge du Pass Culture et sa transformation progressive.
Dans un contexte budgétaire contraint, la Cour des comptes appelait en 2024 l’exécutif à prendre « des arbitrages » pour « mettre un terme à la croissance non maîtrisée des crédits budgétaires du Pass Culture. » En 2025, le gouvernement réforme le Pass Culture, en excluant les jeunes de 15 et 16 ans du dispositif (qui touchaient avant la réforme 20 et 30 euros) et en réduisant l’enveloppe destinée aux jeunes de 17 ans (de 50 à 30 euros), ainsi qu’aux jeunes de 18 ans (de 300 euros à 150 euros + 50 euros sous conditions).
« De façon regrettable, la réforme mise en place par décret en février 2025 prend le contre-pied des propositions de réformes du Sénat et de la Cour. Loin d’axer davantage le dispositif sur les jeunes de 15 à 17 ans, comme le préconisaient l’ensemble des acteurs, la réforme concentre l’essentiel du dispositif sur les jeunes âgés de 18 ans et plus », regrettent Vincent Eblé et Didier Rambaud dans leur rapport, rappelant que l’arrêté fixant les conditions de la bonification pour passer à 200 euros n’avait pas encore été publié.
Polémique autour des rémunérations des dirigeants
Un bilan d’autant plus contrasté pour ce dispositif personnellement poussé par Emmanuel Macron, que son déploiement a été entaché de polémiques concernant le mode de gouvernance. Le choix d’une SAS (société par action simplifiée) par Françoise Nyssen, ministre de la Culture de l’époque, s’inscrivait dans la ligne du premier quinquennat d’Emmanuel Macron en...
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