Salué sur scène, le «modèle» français de financement du cinéma est financé non par l’impôt mais par des taxes payées par ceux qui regardent ou diffusent des films, rappelle un collectif de cinéastes et producteurs. Aujourd’hui il ne s’agit plus seulement de le défendre mais d’en garantir la pérennité, en encadrant notamment l’IA.
Ce que l’on retient de la cérémonie des césars, c’est ce mot : merci. Merci à Camille Cottin d’avoir trouvé les mots justes, merci à ce modèle vertueux français qui permet aux films d’exister, aux premiers longs métrages d’émerger, aux œuvres ambitieuses de se financer.
Cette gratitude a traversé les discours. Mais entre les lignes, ce que l’on entend surtout, c’est l’appel d’un secteur tout entier à la garantie d’une souveraineté culturelle qui rend possibles ces films qui nous rassemblent et nous font rêver.
Car ce «modèle» salué sur scène n’est pas abstrait. Il repose sur une architecture précise, organisée autour du Centre national du cinéma (CNC), financé non par l’impôt mais par des taxes affectées payées par ceux qui regardent ou diffusent des films (billets de cinéma, chaînes, plateformes). Ce mécanisme de mutualisation permet de réinvestir les recettes du marché dans la création. En 2024, la filière cinématographique représente 7,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 3,6 milliards de valeur ajoutée et près de 30 000 emplois directs. Elle est présente dans tout le territoire, avec 2 052 cinémas et plus de 6 300 écrans.
Un consensus nécessaire
Et ce modèle inspire au-delà de nos frontières. Peu de pays ont su combiner succès commerciaux et diversité culturelle. Les plateformes elles-mêmes contribuent désormais au financement de la création française. La France n’a pas refusé la mondialisation : elle l’a régulée. C’est précisément cela, la souveraineté culturelle : la capacité à produire ses propres récits, et ses propres points de vue sur le monde, à structurer son financement, à maintenir une grande diversité d’œuvres dans un environnement dominé par quelques acteurs globaux.
Et pourtant, l’expression «souveraineté culturelle» n’a pas été prononcée. Or c’est bien l’enjeu. A l’heure des tensions budgétaires, des débats récurrents sur le financement du CNC et de la montée en puissance des plateformes internationales, la question n’est plus seulement de défendre un modèle efficace ; elle est d’en garantir la pérennité. Les attaques répétées, souvent fondées sur des idées reçues et «fausses» ne résistent pas aux faits. Mais elles fragilisent le consensus nécessaire à la pérennité du cinéma et de la culture. Il est donc très important que tous les responsables politiques attachés aux valeurs républicaines continuent de revendiquer haut et fort ce principe de «souveraineté culturelle».
Des actifs stratégiques et des vecteurs d’émancipation
C’est un principe qui sous-tend finalement plusieurs enjeux évoqués dans les discours dont, évidemment, l’intelligence artificielle. Les outils génératifs transforment déjà l’écriture, la traduction, la post-production. Sans règles claires sur l’utilisation des œuvres pour entraîner les modèles, sans garantie sur la rémunération et les droits des créateurs, le risque d’un affaiblissement de la chaîne de valeur est réel. Défendre la souveraineté culturelle, c’est donc aussi encadrer l’IA pour qu’elle soutienne la création au lieu de la standardiser ou...
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