Alors que la plupart des stars américaines se gardaient jusqu’ici de contester ouvertement la politique de la Maison Blanche, les dernières bavures de la police de l’immigration semblent avoir réveillé les consciences.
Faut-il y voir le grand réveil de l’engagement des célébrités contre le gouvernement Trump ? Jusqu’à peu, la rareté des contestations était inversement proportionnelle à la férocité des violences du Président. On pouvait l’imputer à l’effet pervers de la sidération, chaque jour renouvelée dans le chaos organisé de la première année du second mandat de Trump. Ou encore au semblant de peur de se voir admonesté directement, à l’instar de Selena Gomez ou Ariana Grande, par les bullies du gouvernement et leurs partisans. Ou simplement au sentiment d’une impuissance des artistes pour tenter de répondre aux attaques incessantes de l’administration au pouvoir contre l’état de droit, les minorités, la liberté, la science, la nature et désormais le peuple américain lui-même.
«Je peux enrager contre Trump à longueur de journée. Mais est-ce que ça aide à quoi que ce soit ?» s’interrogeait ces jours-ci encore dans l’Irish Times l’écrivain texan George Saunders, qui vient de publier Vigil, roman qui raconte les dernières heures hantées du PDG d’une compagnie pétrolière. Précisant, au Guardian : «Je ne cesse de me dire : «Cette fois, les gens ne l’accepteront pas.» Mais ils continuent à l’accepter.»
Or depuis les meurtres de Renee Good et Alex Pretti et le début de ce que les médias américains appellent «la bataille de Minneapolis», une partie de l’opinion américaine semble in fine résolue à exprimer le fait que, pour elle, la situation est devenue inacceptable. Laissant peut-être entrevoir une bascule, dont se font de plus en plus l’écho cinéastes, acteurs, musiciens, écrivains. Ceux-là mêmes qui semblaient avoir pris acte de l’inefficience de leur engagement à l’issue des dernières élections, faisant même paraître une bonne part d’entre-deux comme les membres d’une communauté de millionnaires bien-pensants wokistes et déconnectés, très loin des préoccupations de l’Américain moyen.
Professeur à Bowling Green State University (Ohio), auteur de travaux sur l’influence des célébrités dans la politique américaine, le politologue David James Jackson tempère : «Je ne dirais pas qu’il y avait une apathie des célébrités jusqu’ici, mais que l’action de l’administration Trump a été pensée pour déferler et submerger notre capacité à y répondre. Très peu de célébrités sont en position d’organiser une résistance, «organiser» n’est pas leur métier. Elles peuvent tout au plus mobiliser les foules avec des événements, prêter leur image à des levées de fonds et des candidats, s’engager à travers des rôles de cinéma ou des paroles de chanson… Il n’y a pas lieu de mettre en doute leur légitimité à s’exprimer politiquement [comme le font les soutiens de Trump], lui-même est passé du statut de célébrité à celui de président !»
Le festival du film de Sundance battait son plein le dimanche quand les différentes vidéos de l’assassinat d’Alex Pretti par les milices de l’ICE ont surgi sur les réseaux sociaux. Un réel effarant, filmé sous plusieurs angles, est venu percuter la routine d’interviews, cocktails et tapis rouge des professionnels du cinéma rassemblés pour fêter la production indépendante à Salt Lake City dans les montagnes de l’Utah. L’acteur Edward Norton, venu présenter la comédie The Invite d’Olivia Wilde, disait la difficulté après le drame à «avoir des conversations légères au vu de l’actualité», comparant l’ICE aux escouades de la Gestapo : «Nous sommes assis ici à parler de cinéma alors qu’une armée illégale se forme contre les citoyens américains.» Même véhémence de Natalie Portman, comédienne principale de The Gallerist de Cathy Yan et qui, interrogée à l’avant-première, fondait en larmes : «Ce qui se passe actuellement dans notre pays est absolument obscène… Ce que fait le gouvernement fédéral, le gouvernement de Trump, Kristi Noem et l’ICE à nos concitoyens et aux personnes sans papiers est scandaleux et doit cesser.» Diverses manifestations en hommage à Pretti et contre la police de l’immigration ont eu lieu dans les rues de Salt Lake City et l’acteur Elijah Wood (Frodon du Seigneur des anneaux) figurait parmi la centaine de citoyens venus dire leur rage devant les meurtres et rafles en cours.
L’effet de contraste était saisissant avec les Golden Globes du 12 janvier, où les stars se sont prudemment tenues à bonne distance de la conversation politique, malgré l’apparition des pins «ICE Out» ou «Be Good» sur le tapis rouge. Seul véritable artiste à sortir de toute forme de prudence, Mark Ruffalo, militant de gauche déjà très engagé, soutien de Gaza, s’était lancé, free style, sur Trump, le qualifiant de «violeur déjà condamné par la justice» et de «pédophile».
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