Depuis son explosion aux yeux du grand public fin 2022, l’intelligence artificielle est progressivement entrée dans la vie de nombreux professionnels de la musique, et jusque dans les salles de classe des conservatoires.
Quand on parle d’IA pour la musique, les plateformes de génération automatique, Suno et Udio en tête, sont au coeur des discussions : pour cause, elles cristallisent différentes inquiétudes pour les droits d’auteurs et leur capacité à remplacer les musiciens humains. Pourtant, les IA infusent progressivement dans le monde musical, de la création à la diffusion, en passant par la pédagogie. De nouveaux outils qui questionnent quant à la transformation des métiers que leur utilisation induit. « C’est une innovation comme il n’y en a qu’une fois tous les vingt ans. Le secteur doit se former face à l’IA et comprendre quelles sont les conséquences de son utilisation », analyse Xavier Tumminello, chef de projet innovation au Centre national de la musique (CNM).
Il était une fois l’IA
Le phénomène de l’IA musicale générative a beau avoir émergé il y a seulement quelques années, ses origines sont bien plus anciennes. « Les recherches en IA à l’Ircam datent de plus de trente ans, pointe Hugues Vinet, directeur de l’innovation et de la recherche dans l’institution parisienne. Le buzz autour du “deep learning” n’a même pas dix ans, mais cela existe depuis beaucoup plus longtemps. » Synthèse vocale, orchestration assistée par ordinateur, improvisation ordinateur-musicien ou encore suivi de partitions : autant d’applications qui ont progressivement démontré leur utilité dans le secteur. « Une partition dont les pages se tournent toutes seules au fil de la musique, ça a été adopté par de grands orchestres depuis des années et c’est déjà de l’IA ! », s’exclame Xavier Tumminello.
Aujourd’hui, les outils de reconnaissance musicale par IA sont monnaie courante dans la filière phonographique, notamment pour le catalogage et la recommandation de contenus musicaux. « Il est devenu possible de reconnaître le genre musical, les instruments principaux, mais aussi si le morceau est joyeux ou triste », raconte Hugues Vinet. Ces outils sont également utilisés pour repérer les infractions au droit d’auteur, ainsi que pour faire face à une nouvelle problématique : l’invasion de musiques purement générées par IA. « Il devient nécessaire aujourd’hui pour les labels et les plateformes d’être capables d’identifier les contenus générés par IA », explique le chercheur.
IA pour tous, tous pour l’IA
Les domaines de la création et de la reconnaissance sonores ne sont pas les seuls où l’IA gagne du terrain. Une étude du CNM et du cabinet de conseil BearingPoint de juin 2025 analyse le déploiement de l’intelligence artificielle dans la filière. Mixage et mastering audio automatisés, automatisation de la distribution musicale, création de contenus marketing adaptés… Toute la chaîne de métiers est concernée à des degrés divers. MNGRS.AI, une plateforme française d’automatisation de la communication et du management des artistes, a même levé 1 million de dollars en octobre dernier. Pour Xavier Tumminello, l’essor de l’IA permet de faire sauter certaines barrières d’accès à un secteur où les mastodontes de l’industrie font la loi. « Cela va permettre aux petites structures avec peu de moyens d’avancer plus vite par rapport aux gros labels, développe-t-il. Même chose pour les artistes qui n’ont pas de manager, à qui l’on demande beaucoup : composer, chercher des concerts, communiquer ou gérer leur comptabilité. L’IA leur libère du temps. »
Des plus grandes scènes…
Le milieu des concerts est également impacté par l’essor de l’IA. Le projet IMEMS, soutenu par la Commission européenne, a cartographié en juin dernier les solutions d’IA destinées à la musique live. Bien qu’à un stade embryonnaire, l’IA peut y être appliquée de multiples manières, comme dans la programmation, la logistique, le mixage et même le lien avec le public.
C’est dans ce sens que Marine Rivollet a fondé la start-up 2AM en 2024, dont l’IA, qui se présente sous forme d’un tchat de service client, est spécifiquement entraînée au vocabulaire des concerts et des festivals. À partir des interactions avec le spectateur, l’outil récolte un certain nombre de données anonymisées qui sont transmises à la direction du festival. « Du côté producteur, promoteur, ou organisateur, c’est un vrai outil d’analyse sémantique, défend-elle. On a eu un cas sur un événement, avec 150 messages concernant le parking. Cela a mis en évidence qu’il n’y avait pas assez de places par rapport à la demande, une communication a donc été faite pour dire qu’il fallait privilégier la mobilité douce. »
À la place d’un opérateur humain scotché à un écran et...
Lire la suite sur lalettredumusicien.fr




