Auditionné le 9 juin par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, a âprement défendu les vertus du financement public du cinéma. Il a rappelé le rôle joué par les régions, auxquelles ils proposent un partenariat « renforcé » dans le cadre de la renégociation des conventions Etat-régions.
Devant les députés, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, et la directrice des études, des statistiques et de la prospective, Cécile Lacoue, ont présenté une étude sur le modèle économique des films d’initiative française.
Non encore publiée, cette étude entend répondre « à l’exigence d’un débat public éclairé », a d’emblée insisté Gaëtan Bruel, en référence aux attaques dont le cinéma français a récemment fait l’objet en marge du Festival de Cannes : trop d’argent public financerait trop de films aux audiences médiocres. Une critique qui ne date pas du mois de mai dernier puisqu’en 2025 déjà, l’Inspection générale des finances estimait les aides publiques au cinéma étaient excessives eu égard à leurs retombées de billetteries, pointant notamment l’engagement financier des régions.
24% d’argent public dans un film
Gaëtan Bruel a rappelé une évidence : si le cinéma est une industrie, c’est aussi un art. Sa production comporte donc une prise de risque. « Sans une dose de soutien public, le cinéma serait condamné à la standardisation et aux logiques algorithmiques », a-t-il justifié.
De surcroît, les comparaisons européennes montrent que le cinéma français est loin d’être un cas particulier, loin s’en faut. Toutes aides confondues (celles du CNC et des régions, et les crédits d’impôts), « le financement public représente 24% du devis d’un film, soit deux fois moins que chez nos voisins européens », a martelé Gaëtan Bruel, qui a rappelé que « l’Allemagne vient de doubler ses aides publiques au cinéma. »
Rôle « primordial » de la salle de cinéma
L’étude détaillée par Cécile Lacoue passe au crible le financement des 1823 films d’initiative française produits de 2012 à 2021, et le recouvrement des coûts de fabrication par les recettes qu’ils génèrent
Il en ressort, entre autres, que :
- 70% de ces films sont exploités sur au moins 5 circuits différents (salles françaises et étrangers, vidéo physique, streaming par abonnement, location-vente à l’acte digital, chaînes de télévision) ;
- 9 sur 10 continuent de générer des recettes 10 ans après leur sortie ;
- 4 sur 10 recoupent leur coût de fabrication et ont un solde de production positif ;
- le solde net de production moyen dégagé par un film s’établit à 158 000 euros ;
- 36% des recettes sont générés dans des salles de cinéma à l’étranger et constituent des revenus pour 8 films sur 10 ;
- 20% des films dégagent un solde positif dès leur exploitation en salle ;
- la diffusion en salle représente 49% des recettes.
La salle, « qui joue un rôle primordial, est au cœur du dispositif », indique l’étude, et les films qui génèrent le plus d’entrées ont le plus de chances de dégager un solde financier positif.
Fin 2024, les films d’initiative française produits de 2012 à 2014 avaient généré 7,9 milliards d’euros de recettes sur les différents circuits empruntés.
Selon les chiffres produits par le CNC, 37% des films dégagent un solde positif « et compensent les pertes des autres. »
« Des grandes réussites qui viennent des territoires »
« Nous avons la chance d’avoir en France des régions engagées pour le soutien à la filière, non seulement pour la production, mais aussi pour l’écriture, la formation, les salles, les festivals, l’éducation à l’image etc. », s’est félicité le président du CNC. Avant d’évoquer « un travail de 20 ans qui a singulièrement porté ses fruits au cours de la dernière décennie, et qui a vu l’ensemble des régions s’engager pour la...
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