Discret, l'homme au parcours atypique a propulsé Live Nation au sommet en France. Il donne aujourd'hui des sueurs froides au monde de la musique avec son offre de rachat de la plus grande salle de concerts d'Europe.
Carton plein ! Rosalia, l'une des nombreuses stars internationales que Live Nation fait tourner dans les plus grandes salles du monde, a joué à guichets fermés à Paris les 18 et 20 mars dernier.
Une nouvelle démonstration de force pour la filiale tricolore du géant américain du live et des ventes de billets : 55.000 concerts par an, 25 milliards de dollars de recettes. Live Nation ne compte pas s'arrêter là : la multinationale s'apprête à mettre la main sur Paris La Défense Arena, la plus grande salle de concert d'Europe avec ses 40.000 places.
Comment un tel mastodonte a réussi à s'imposer au pays de l'exception culturelle ? Il a misé sur un patron atypique, peu connu du grand public. Lentement mais sûrement, Angelo Gopee est devenu le plus gros producteur de spectacles de l'Hexagone, après avoir réussi à persuader sa maison mère que la France n'était pas un marché à conquérir comme les autres.
L'effet d'une bombe
Dans un pays où la sphère publique a bâti un tentaculaire écosystème de salles, festivals et compagnies subventionnés, il a su avancer ses pions finement tout en se positionnant sur tous les événements où il fallait être : la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, la French Music Week chère au président de la République, le BPI Tour, le Salon Vivatech, les défilés des marques de luxe…
Aujourd'hui, sa réussite fait des jaloux, voire exaspère, tant sa personnalité offre peu de prises à la critique. Issu des quartiers et de la diversité, il la joue positif, collectif, inclusif.
« Il est audacieux, charismatique », dit de lui Olivier Darbois, président d'Ekhoscènes, le syndicat des producteurs de spectacles. « C'est un entrepreneur réactif, avec qui la collaboration est fluide », observe Julien Lavergne, qui a monté un festival de trois jours à Chambord, dont deux avec des artistes Live Nation.
Pourtant, lorsqu'en janvier, Angelo Gopee a dégainé le plus vite et le plus fort sur Paris La Défense Arena, la nouvelle a fait l'effet d'une bombe. « Il y a très peu d'opportunités d'acquérir une salle privée en France et je ne voulais pas la laisser passer », explique l'intéressé. Plusieurs producteurs tricolores tentent depuis de convaincre l'Autorité de la concurrence de la surpuissance que cet achat donnerait à Live Nation France, déjà très présent dans la billetterie.
Pratiques anticoncurrentielles
Car en 2010, Live Nation Entertainment a fusionné aux Etats-Unis avec le géant mondial de la billetterie Ticketmaster, qui dans la foulée a racheté en France Ticketnet. Ce deal à 2,5 milliards de dollars, vieux de 16 ans, a failli coûter cher à la firme de Los Angeles, contrainte par les autorités américaines de la concurrence de prendre des mesures correctives pour échapper au démantèlement. Le leader mondial, détenteur de plus de la moitié des grandes salles aux Etats-Unis, était accusé de pratiques anticoncurrentielles, contraignant les tourneurs à commercialiser via Ticketmaster les billets de plus de 7.000 artistes.
De quoi inquiéter les producteurs de spectacles de l'autre côté de l'Atlantique. « J'apprécie beaucoup Angelo humainement. Mais sur le plan business, avec Paris La Défense Arena, il va disposer d'un pouvoir écrasant pour favoriser ses artistes », redoute Aurélien Binder, président de Rivaj Group, qui réunit les sociétés de production cédées par Fimalac Entertainment au fonds d'investissement Trevise Participations.
« Ce n'est pas par hasard que Live Nation a jeté son dévolu sur l'une des rares salles privées de France. Ils veulent pouvoir tout faire sans contrainte. Comment s'assurer qu'ils ne vont pas entraver la libre concurrence ? Aux Etats-Unis, entre les multinationales Live Nation et AEG, il n'existe plus de producteur de concert indépendant ! », s'inquiète également Matthieu Drouot, le patron de Gérard Drouot Productions.
Car le poids de Live Nation Entertainment, à la capitalisation boursière de 38 milliards de dollars, est sans équivalent. « Si la firme voulait s'offrir tous les producteurs français qui l'intéressent, ce serait facile », pointe un observateur. La multinationale aux 169 millions de billets vendus l'an dernier a annoncé 3 milliards de dollars d'investissements dans le monde pour cet exercice.
« En France, le business est encore nain par rapport aux Etats-Unis ou à l'Angleterre », reconnaît Angelo Gopee. Qui d'autre, dans le secteur, aurait été capable de mettre 500 ou 600 millions sur la table pour acquérir Paris La Défense Arena ? Il aurait fallu que plusieurs acteurs s'allient, ce qui n'est pas le fort des producteurs tricolores… « La filière est divisée, c'est sûr », reconnaît Matthieu Drouot.
Le risque dans son ADN
Angelo Gopee ne dit pas autre chose. « La filière doit être plus solidaire pour être audible des pouvoirs publics », a-t-il mis en avant, en reprenant les commandes du Midem à Cannes, le salon de l'industrie musicale moribond. « En 48 heures, il a présenté un projet pour le redynamiser et nous l'avons récupéré », résume Céline Dumait, directrice de la communication de Live Nation France, aux côtés de son mentor depuis...
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