Fin décembre, le ministère de la Culture annonçait réduire l’enveloppe dédiée au dispositif qui permet de mieux rémunérer les artistes de théâtre. Alors qu’approche le Festival, la plateforme pour demander cette aide est toujours gelée.
«J’ai plus envie de parler de poésie que du Fonpeps», avoue en riant le président des Scènes d’Avignon, qui regroupe des théâtres permanents de la ville, Serge Barbuscia. Fonpeps : le sigle, qui a toutefois le chic de sonner comme une boisson gazeuse, désigne un dispositif étatique de soutien à l’emploi dans le spectacle vivant créé en 2016. Crucial pour un secteur qui accuse le coup de baisses de subventions tous azimuts depuis plusieurs années déjà, il intervient sur deux volets : encourager les structures à signer des contrats longs et permettre la rémunération du personnel engagé sur un spectacle. Jusqu’alors, il représentait une vraie main tendue vers les petites structures – lieux comme compagnies –, mais sa fragilisation récente risque de faire du bruit lors du prochain Festival «off» d’Avignon, du 4 au 25 juillet.
Lors de sa reconduction par décret, en décembre dernier, les critères d’attribution des aides ont en effet été durcis et l’enveloppe que prévoit de lui consacrer le ministère de la Culture a été considérablement réduite, passant de 60 millions d’euros en 2025 à 40 millions d’euros pour 2026. Dès son annonce, la décision avait suscité une levée de boucliers des professionnels du spectacle vivant. Vendredi 19 juin, la CGT Spectacle a à nouveau demandé aux artisans de ce rabotage de revenir sur leur choix. Une concertation, organisée selon elle «dans la précipitation» et à «la veille des festivals», est en cours entre la ministre de la Culture, Catherine Pégard, et l’intersyndicale. Si les échanges pourraient aboutir à revoir les nouveaux critères, le budget alloué par l’Etat au Fonpeps, lui, ne bougera pas.
Jouer les kamikazes
D’ici-là, le site dédié au dépôt des demandes est toujours bloqué – et ce depuis que les modalités des aides ont été revues en décembre. Les artistes ne savent toujours pas s’ils en bénéficieront pour des spectacles créés cette année et qu’ils présenteront à Avignon. La situation risque de «créer un festival à deux vitesses : entre ceux qui sont déjà aidés et soutenus, qui ont les moyens de jouer à Avignon et ceux qui sont plus fragiles, ont besoin de ce soutien et vont être en difficulté», souligne la coprésidente du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles Claire Guièze. Première conséquence possible selon elle : «La réduction du nombre de personnes au plateau.» L’association organisatrice du «off» rapporte d’ailleurs que 60 % des pièces qui joueront ce mois de juillet emploient un ou deux interprètes seulement.
«Dans nos budgets prévisionnels, on s’appuyait sur des certitudes, c’est-à-dire le Fonpeps», explique coprésidente de l’association des professionnels de l’administration du spectacle vivant Véronique Felenbok. Elle cite l’exemple d’un spectacle créé en janvier dernier avec six interprètes et un technicien. Pour la trentaine de représentations passées et à venir, il aurait pu être accompagné à hauteur de 18 6OO euros environ en 2025, mais ne pourrait désormais toucher que 7 50O euros d’après les nouvelles modalités décidées en décembre. «Ça ressemble à un objectif à bas bruit : diminuer le nombre de compagnies. Elles n’ont plus aucune réserve», décrypte l’administratrice.
Pourtant, elles sont chaque année toujours plus nombreuses à se produire en Avignon : l’édition à venir en attend 1 432, contre 1 347 en 2025 et 1 316 en 2024, selon les décomptes des organisateurs. Ces structures théâtrales, qui peuvent reposer sur un équilibre très précaire, continuent de parier en masse sur ce rendez-vous vitrine, quitte à jouer les kamikazes. «Certaines compagnies prennent un risque de ne pas avoir annulé leur festival. Elles ont versé des acomptes, des comédiens ont répété. Sans le Fonpeps, elles risquent d’être à découvert», observe le coprésident de l’association qui administre le Festival, Laurent Domingos.
«Je prends sur mon salaire tous les mois»
«Nous, clairement, pour Avignon, on allume des cierges, plaisante la metteuse en scène Alice Etienne, fondatrice de la compagnie émergente Lesoeurs. D’ailleurs on a fait la quête pour le spectacle [Lost in Vatican, un spectacle qui fait dialoguer militantisme queer et religiosité, ndlr.]» Une première fois en marge d’une représentation, une seconde sur...
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