Baisse généralisée des budgets, IA générative… Le secteur culturel traverse une crise sans précédent. Quelques milliers de professionnels, réunis à Nantes les 21 et 22 janvier, en ont débattu lors de cette 12ᵉ édition du BIS placée sous la signe de la “résistance”.
Mercredi 21 janvier, aux Biennales internationales du spectacle (BIS) de Nantes, un faible éclat de lumière est apparu au cœur de la crise que traverse actuellement le secteur de la culture : celui du consensus pour faire face à une situation alarmante. Un seul exemple suffit à valider ce constat. Alors que la CGT Spectacle s’empare généralement bruyamment du plateau de l’auditorium de la Cité des congrès au début de cet événement, cette année, la cinquantaine de syndicalistes accompagnés de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, attend patiemment la fin de l’intervention du philosophe Éric Sadin pour lui succéder.
Celui-ci alerte sur les dangers de l’IA générative qu’il entrevoit, en particulier pour les professions culturelles et intellectuelles. « Quand des artistes, aujourd’hui, font joujou avec l’IA générative, cela met en danger l’avenir de tous les étudiants en école d’art, qui risquent de rester sur le carreau », présage-t-il. La CGT Spectacle poursuit afin d’alerter sur le « plan social invisible » à l’œuvre dans la culture, causé principalement par les baisses de financements. Rachida Dati s’attire bien quelques huées lorsque Christopher Miles, directeur général de la création artistique et culturelle, annonce qu’elle ne sera pas présente pour l’événement. Mais c’est à peu près tout.
"C’est une crise de démantèlement de la politique culturelle telle qu’on la connaît depuis les années Lang."
Vincent Guillon, codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles
Le terme « résistance », donné en intitulé de cette édition par les organisateurs des BIS, aura bataillé ferme pour s’imposer devant le mot « inquiétude » sur les lèvres de la majorité des professionnels et politiques invités à prendre la parole pendant deux jours. Vincent Guillon, codirecteur de l’Observatoire des politiques culturelles, alerte sur les spécificités de la crise actuelle. « Elle est une crise de démantèlement de la politique culturelle telle qu’on la connaît depuis les années Lang. » Il rappelle notamment la baisse des budgets de la culture dans 60 % des régions et 64 % des départements l’an dernier, et souligne également les baisses à prévoir des dotations de l’État aux Directions régionales des affaires culturelles, qui participent fortement au soutien aux établissements et aux associations sur les territoires. « Le consensus transpartisan sur l’utilité de la dépense publique pour la culture s’érode », constate-t-il encore.
Le nom de la Région Pays de la Loire est peu cité dans les débats, afin de ne pas faire de publicité à la collectivité présidée par Christelle Morançais (Horizons) qui a coupé la quasi-intégralité de son financement aux acteurs culturels l’an dernier (y compris aux BIS). Mais tous les regards étaient tournés vers cet exemple de l’abandon de la culture par une collectivité. Le cadre des politiques publiques de la culture, envisagé sur la base d’une compétence partagée entre les différents échelons de collectivités pour limiter les effets d’une baisse de l’engagement de l’une d’entre elles, est remis sur le tapis. « L’expression “compétence facultative” peut laisser croire à certains que le soutien à la culture peut être enlevé. Je plaide pour que la culture soit inscrite comme compétence obligatoire des collectivités territoriales », insiste Loïg Chesnais-Girard (ex-PS), président de la Région Bretagne. Le sujet du modèle fiscal des départements, exsangues du fait de la conjonction ces dernières années d’une très forte baisse de leurs recettes et d’une augmentation de leurs dépenses liées aux prestations sociales, est également revenu dans plusieurs interventions.
"Il faut un Puy du Fou de gauche…"
François Ruffin
Mais la liste des inquiétudes ne serait pas complète si l’on n’évoquait pas l’éventualité que le Rassemblement national gagne du terrain aux élections municipales de mars prochain. La question de l’adresse des politiques culturelles à l’ensemble de la population, notamment aux personnes les plus éloignées de la culture, était au cœur du débat organisé par la CGT Spectacle, auquel participait notamment François Ruffin. Le député de la Somme (mouvement Debout !) le concède : en campagne sur le...
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