Alors que la Scène nationale de cette sous-préfecture est menacée, professionnels et habitants se rassemblent aujourd’hui dans la Creuse en soutien aux lieux culturels malmenés par les arbitrages budgétaires et les promesses électorales opportunistes.
Un jour durant, ce mercredi 4 mars, Aubusson se transforme en capitale de la lutte pour la sauvegarde du service public de la culture. Professionnels du secteur et habitants se retrouvent dans cette ville où le Théâtre Jean-Lurçat est menacé de perdre ses locaux le 5 juillet, date d’échéance d’une autorisation d’occupation temporaire votée par le conseil départemental de la Creuse, propriétaire du bâtiment.
Dans cette sous-préfecture qui compte seulement 3 000 habitants, la structure possède pourtant un label « scène nationale ». Ce qui lui garantit un soutien financier des collectivités territoriales et de l’État, fixé dans le cadre d’un projet répondant à un cahier des charges très précis. Celui-ci a un double objectif : soutenir la création pluridisciplinaire en spectacle vivant et la diffuser auprès des publics le plus larges possible.
Aux origines de la problématique actuelle, un bras de fer engagé par le Département avec les autres financeurs publics autour du bâtiment qui accueille le théâtre et une médiathèque intercommunale. L’infrastructure prend littéralement l’eau depuis plusieurs années, en raison de sa vétusté et de problèmes de conception à sa création, en 1981, selon la directrice de la Scène nationale, Christine Malard.
Deux salles, destinées à des résidences de création et à des expositions, ont déjà été fermées pour raison de sécurité, le plâtre des plafonds étant gorgé d’eau et risquant de s’effondrer. Les travaux nécessaires à la remise en état du bâtiment s’élèvent à 4 millions d’euros environ. Or la collectivité estime ne pas avoir les moyens de mettre au pot les 800 000 euros qui lui incombent, l’État prenant à sa charge près de 65 % du total et la Région Nouvelle-Aquitaine s’engageant autour de 15 %.
"Derrière la situation à Aubusson se joue tout le sujet des financements de la culture."
Joris Mathieu, coprésident du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles
De surcroît, « la présidente du Département met un ultimatum au 5 juillet pour trouver un accord avec les autres financeurs publics afin de partager les frais de fonctionnement, entièrement à la charge de la Creuse », indique Christine Malard. La directrice assure n’avoir aucune acrimonie vis-à-vis d’une tutelle qui ne cache plus sa volonté de se délester de la gestion de ce bâti. Elle se bat cependant aujourd’hui, avec son équipe d’une dizaine de salariés, pour maintenir l’activité d’un théâtre qui propose soixante-seize représentations par saison et invite vingt-cinq compagnies en résidence, sans compter les actions culturelles menées, à l’extérieur notamment.
Le Théâtre Jean-Lurçat voit aussi passer chaque année plus de cent élèves de la cité scolaire voisine, de la sixième à la terminale, dans le cadre des dispositifs « classe à horaire aménagé théâtre » et « option théâtre ». « Derrière la situation à Aubusson se joue tout le sujet des financements de la culture, estime Joris Mathieu, coprésident du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), syndicat à l’origine du rassemblement, avec plusieurs associations de scènes labellisées. L’objectif n’est pas de faire le procès du Département, mais de montrer qu’une politique publique basée sur des baisses des budgets crée des tensions entre les différents financeurs, et peut amener des collectivités à se recentrer sur...
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