Les artistes en résidence en milieu rural inventent chacun à leur manière leur rapport au territoire et à ses habitants.
« Les artistes qui viennent en résidence ici cherchent spécifiquement la ruralité, soit parce qu’ils travaillent sur des projets en lien avec le Limousin, soit parce que leur projet implique un dialogue avec une population rurale. D’autres viennent s’extraire du bruit de la vie. » À La Ferme de Villefavard, la directrice Gersende Michel a reçu une cinquantaine de candidatures lors du dernier appel à résidents. Les résidences d’artistes répondent à un besoin d’espace et de temps pour répéter, enregistrer, lancer ou finaliser un projet. Difficile d’estimer leur nombre tant leurs formes sont diverses, mais leur intérêt ne faiblit pas.
Depuis le début des années 2000, l’ancienne ferme labellisée Centre culturel de rencontre installée à Villefavard, commune de 154 habitants en Haute-Vienne, accueille une quinzaine d’ensembles par an pour deux semaines maximum. Grâce aux subventions de la DRAC, de la Région, du Département et de la communauté de communes, les artistes sont logés et nourris. Plus au sud, à Sault, petit village niché au pied du mont Ventoux, près de 300 candidatures de divers pays arrivent dans les mains du comité de sélection du Milieu chaque année. Le centre de création de la compagnie Le Phare à lucioles accueille une quinzaine de compagnies par saison, rémunérées pour le temps qu’elles passent à y peaufiner leurs projets, pendant cinq à vingt jours.
Échanges ou cocon
Si les artistes viennent de l’international et que le Milieu n’exige pas qu’ils présentent leur projet en cours, le désir de créer du lien avec le territoire est valorisé lors de l’étude des dossiers. « Ceux qui voudraient s’enfermer dans une boîte noire et repartir n’ont pas de nécessité de venir chez nous, dans ce petit village de 1 300 habitants. Nous souhaitons qu’ils proposent au moins un moment d’échange, de rencontre, d’ouverture sur le lieu », détaille le directeur artistique Loïc Guénin.
Au contraire, à Lalacelle, en Normandie, Le Tapis vert, centre de résidences et de formations artistiques, préfère laisser les résidents s’isoler dans un cocon s’ils le souhaitent. Les équipements, le matériel d’enregistrement et les instruments sont mis à disposition des 140 artistes qui s’installent jusqu’à deux semaines chaque année depuis 2010. Ils participent financièrement aux charges : électricité, chauffage et hébergement. « Ceux qui viennent travailler n’ont pas forcément l’envie, le temps ou l’intention de faire une diffusion publique, ils souhaitent vivre l’expérience pour eux, explique le directeur artistique, Jean Galodé. Le conseil départemental, qui finance les résidences, aimerait qu’il y ait plus d’événements publics, mais ici nous touchons le public local plutôt par notre école de cirque, les spectacles et les interventions dans les écoles. » La maire, Viviane Fouquet, se réjouit de l’existence du lieu, dont « les activités participent à faire vivre la petite commune ». En plus des subventions octroyées par le Département et Lalacelle, le Tapis vert vit grâce à...
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