Un texte, que «Libération» a pu consulter, a été publié mercredi 15 avril au soir. Signé par de nombreux grands noms de la maison d’édition, il dénonce la mainmise de Vincent Bolloré.
On savait la fronde collective en préparation. Elle a désormais pris forme : d’une même voix, plus d’une centaine d’auteurs, parmi lesquels Virginie Despentes, Vanessa Springora ou Claude Askolovitch, ont claqué la porte de l’éditeur mercredi 15 avril au soir, au lendemain de l’annonce du licenciement du PDG emblématique Olivier Nora.
«Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset. Et nous sommes 115», est-il écrit dans une lettre commune.
Depuis le début de soirée mercredi, une ébauche de texte que Libération a pu consulter, circulait entre les auteurs. Il y était question du «rempart» qu’a été Olivier Nora pour «l’indépendance éditoriale et la liberté de création». Mais surtout de la «guerre idéologique pour imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias» que mène Vincent Bolloré. Les signataires disent ne pas vouloir «que [leurs] idées, [leur] travail, soient sa propriété». L’initiative est selon plusieurs sources portée par la journaliste et écrivaine Colombe Schneck.
Boualem Sansal au cœur du débat
Aucune raison n’a été donnée officiellement pour expliquer le départ de Nora, éditeur respecté qui s’était porté garant de l’indépendance de Grasset après le rachat d’Hachette par le milliardaire d’extrême droite en 2023. Le divorce serait lié, selon une source proche du dossier à l’AFP, à la publication du prochain livre de Boualem Sansal, dont l’arrivée chez Grasset en provenance de Gallimard, son éditeur historique, avait fait grand bruit en mars.
«Les deux parties ont fait le constat d’un désaccord» sur l’opportunité de publier cet ouvrage, consacré à la détention de l’écrivain franco-algérien en Algérie, dès juin sans attendre l’automne comme le souhaitait Olivier Nora, indique cette source. Une version contestée par Boualem Sansal dans une interview donnée mercredi à TV5 Monde. «Tout ce qui se dit est faux. C’est un conflit entre lui et Bolloré qui date», a-t-il affirmé, ajoutant qu’il préparait lui-même un communiqué pour diffusion dans les prochains jours, sans plus de précisions.
Plusieurs auteurs avaient déjà annoncé ces dernières heures quitter la maison d’édition. «J’ai toujours dit que si on touchait un cheveu d’Olivier Nora, je partirais de Grasset et ma position n’a pas changé», a ainsi déclaré l’ex-journaliste de Libé Sorj Chalandon, dont le dernier roman, le Livre de Kells, a été publié en 2025. L’essayiste Caroline Fourest a également annoncé qu’elle comptait partir, quand Bernard-Henri Lévy a déclaré qu’il «suivrait» Olivier Nora «là où il irait».
Un Festival du livre qui s’annonce mouvementé
Olivier Nora, 66 ans, ne s’est jusqu’à présent pas expliqué sur son départ, se contentant d’exprimer sa «fierté d’avoir pu porter les couleurs» de Grasset «en toute indépendance». Son départ est une nouvelle étape dans la recomposition des maisons contrôlées par Hachette Livre, le numéro 1 de...
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