Le spectacle vivant financé sur fonds publics traverse une crise profonde. Entre baisse des subventions et hausse des coûts, le modèle français d'exception culturelle cherche comment se réinventer.
Malgré la cérémonie des Molières lundi dernier et « Tous à l'opéra » le week-end prochain, le spectacle vivant n'est pas à la fête. Si le modèle français d'exception culturelle est souvent vanté, il est à bout de souffle. Entre subventions en baisse et coûts inflationnistes, théâtre, danse, musique classique, opéra, cirque contemporain… sont pris en étau et dénoncent un plan social à bas bruit dont la création et l'éducation artistique et culturelle font les frais.
Auditionnées à l'Assemblée nationale, les organisations professionnelles ont récemment multiplié les alertes. « Situation très difficile » pour les 78 scènes nationales malgré les efforts pour rajeunir et diversifier le public, susciter du lien dans un monde fracturé où l'intelligence artificielle prend la main. « Secteur au bord de la rupture », soumis à « des injonctions contradictoires », et à des « menaces démocratiques » car « la culture ne fait plus consensus », pour le Syndeac (670 lieux, compagnies, festivals dont Avignon).
Maillage exceptionnel
« Modification irréversible du service public », « diminution des créations et de l'emploi » pour Scène Ensemble (500 adhérents dont nombre de théâtres de ville). Quant au Synavi, ses 600 compagnies et lieux indépendants sont « les premiers maillons fragilisés ».
Le secteur bénéficie d'un écosystème territorial de structures labellisées (Centres dramatiques ou chorégraphiques nationaux…) que le monde entier envie, d'une enveloppe de 850 millions d'euros de subventions du ministère de la Culture (pas loin du milliard en incluant les budgets alloués à ses propres opérateurs culturels et au Pass Culture) en 2025, et d'environ 3 milliards des collectivités. Mais les coupes promettent d'être drastiques cette année et le départ anticipé de plusieurs dirigeants d'institutions en témoigne.
Comment réinventer le modèle ? En 2022, la Cour des comptes mettait l'accent sur des aides trop axées sur la création au détriment de la diffusion : en 2019, le nombre moyen de représentations d'un spectacle était de 3,7 dans un centre dramatique national et de 2,3 pour une scène nationale. Elle concluait sur « la nécessité d'un rééquilibrage au plan économique, budgétaire et artistique ».
Transformation engagée
Conscient du problème, le ministère a engagé le plan « Mieux produire, mieux diffuser » et les acteurs eux-mêmes ont multiplié mutualisations et coproductions à l'instar de La Coopérativeregroupant six maisons d'opéra, théâtres, scènes nationales.
Certaines structures ont déjà bien commencé leur transformation. Allé loin dans l'augmentation et la diversification de son activité - ce qui lui a d'ailleurs valu une grève - le directeur Arnaud Meunier de la MC2 de Grenoble estime aujourd'hui ne plus avoir de marge de manoeuvre. Cette scène nationale et institution la plus grande du ministère en région (la taille du Palais de Tokyo), a...
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