Les conservatoires parisiens abritent plus d’un millier d’enseignants. Certains y voient l’opportunité de poursuivre leur activité artistique à côté quand d’autres expérimentent la précarité du statut de vacataire.
« Je mesure ma chance d’enseigner dans des conditions aussi exceptionnelles. » Âgé d’une quarantaine d’années, Mathieu*, professeur du conservatoire à rayonnement régional (CRR) de Paris, situé dans le 8e arrondissement, se félicite du « niveau et de la motivation des élèves, de la qualité générale de l’enseignement et d’une administration souriante et à l’écoute ». Titulaire à temps plein, il parvient à continuer sa carrière musicale à côté. « Mes deux activités se nourrissent », poursuit-il.
Comme lui, des centaines d’enseignants évoluent dans le réseau des conservatoires parisiens, composé de 17 structures municipales d’arrondissement et du CRR. On dénombre 623 titulaires « sur des besoins permanents à temps complet », selon les données de la Ville de Paris – dont 466 professeurs d’enseignement artistique –, 377 contractuels à temps partiel – dont 213 professeurs territoriaux d’enseignement artistique (PEA ), et 1 024 vacataires. Cet ensemble d’un peu plus de 2 000 personnes représente 1 266 équivalents temps plein.
Tous ces enseignants fournissent un volume global de plus de vingt mille heures. Le temps d’enseignement est en majorité (53,4 %) assuré par les titulaires, à 26,5 % par les vacataires et à 20,1 % par les contractuels. Pour ce faire, les PEA à temps plein s’acquittent d’une obligation hebdomadaire de service de seize heures, les assistants spécialisés d’enseignement artistique (ASEA) font vingt heures, et les vacataires assurent entre une heure et demie et seize heures par semaine, « en fonction des activités et des besoins ».
Un accès « très clair et transparent »
Pour rejoindre cette cohorte d’enseignants, « les voies d’accès sont très claires et transparentes », se félicitent Olivier Moriette, sous-directeur de l’éducation artistique et culturelle de la Ville de Paris, et Séverine Feron, cheffe du service des enseignements artistiques et des pratiques amateurs (SEAPA) à la direction des affaires culturelles de la municipalité. Avant de préciser : « Les recrutements des titulaires et contractuels font l’objet de fiches de poste consultables sur le site Web Travailler pour Paris. »
Par ailleurs, des concours de PEA et d’ASEA sont organisés régulièrement, de façon cyclique, tous les deux à trois ans. Ainsi, le prochain concernant les postes de professeurs, et non d’assistants spécialisés, se tiendra en fin d’année 2026 ou début 2027, en vue d’une affectation à la rentrée suivante. « Nous pouvons d’ailleurs connaître des difficultés de recrutement dans certains secteurs en tension, comme les cuivres, les directions d’ensemble et les disciplines d’érudition », indique Séverine Feron.
Pour certains artistes d’origine étrangère voulant accéder à une activité d’enseignement dans un conservatoire parisien, le circuit de recrutement demande parfois une petite adaptation. « Je disposais d’un certificat allemand et j’ai dû envoyer tous mes documents à un service reconnaissant les diplômes européens et les ramenant à leur niveau français », indique ainsi Emma*, une professeure de chant d’un établissement municipal d’arrondissement, où elle a réussi à entrer en 2021.
Quelle place pour la carrière artistique ?
Cette dernière, séduite par la double casquette d’enseignante-artiste, reconnaît toutefois des difficultés à mener ces missions de front. « Ce qui est compliqué, ce n’est pas tant de trouver du temps pour chanter et donner des concerts, mais plutôt d’arriver à gérer aussi tout ce qui est de l’ordre de la construction de sa carrière, à savoir l’envoi des candidatures et l’entretien de son réseau. »
Son de cloche assez différent du côté de Clémence*, une autre enseignante d’un conservatoire parisien, âgée d’une trentaine d’années : « La direction de mon établissement m’a encouragée à poursuivre mon activité artistique. Le modèle de report des cours, qui permet généralement de les avancer ou de les reporter afin de pouvoir assurer, par exemple, une tournée, fonctionne assez bien. Je m’en suis ainsi servie pour la dernière fois au début du mois de mars 2026 afin de participer à un projet en Suisse. »
Cette jeune enseignante rencontre pour sa...
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