Printemps de Bourges, Hellfest, Vieilles Charrues, Francofolies... Alors que la saison 2026 des festivals s’ouvre, le secteur entend offrir une meilleure représentation des artistes féminines à l’affiche. Le Figaro a vérifié leurs promesses.
« Femmes, on vous écoute », pourrait-on lancer en parodiant Michel Sardou. Aux Victoires de la musique, en février, elles ont raflé six des sept prix où elles concourraient. Sur la scène de la cérémonie, comme à la radio, sur les plateformes de streaming et dans les tops des ventes, les artistes féminines sont omniprésentes. Charlotte Cardin, Helena, Theodora, mais aussi Aya Nakamura, Miki, Hoshi, Vitaa, Louane, Vanessa Paradis. Sans oublier Taylor Swift, Beyoncé, Ariana Grande, Sabrina Carpenter et l’impératrice Céline Dion qui fait tant parler d’elle.
Mais cette déferlante de chanteuses, de musiciennes et de compositrices semble encore buter sur un obstacle : les artistes féminines sont-elles aussi présentes sur scène qu’on peut l’imaginer ? L’arrivée de la saison des festivals permet de faire le point, chiffres en mains. En fin de semaine, Chorus, le rendez-vous musical des Hauts-de-Seine, va lancer ses premiers décibels à la Seine Musicale. Sont attendus sur scène des figures du rap, de la variété française, de la pop et du rock. Avec pour vedette, Louane. « Elle s’ajoute à une nouvelle génération d’artistes féminines talentueuses, qui propose d’autres esthétiques que les hommes », se félicite David Ambibard, directeur et programmateur de Chorus. Car la grande nouveauté de cette édition 2026, c’est bien la très forte présence des femmes à l’affiche. Chorus aligne 47,8 % d’artistes féminines. Un taux digne des élections municipales où la parité est maintenant partout la règle. Sauf que ce résultat, en progression de 13 points depuis l’année dernière, n’est pas le fruit d’un quota ou de règles mais bien celui des programmateurs du festival.
Une tendance de fond ? Le Figaro a contacté les quinze festivals de musique les plus importants en termes de fréquentation pour savoir quelle place ils donnaient aux artistes féminines et quels sont leurs critères de programmation. Seules trois organisations n’ont pas donné suite à nos sollicitations : le Delta Festival, le Rose Festival et Solidays. Paradoxalement, les organisateurs de cette dernière manifestation, qui compte parmi les plus engagées, ont botté en touche : « je n’ai pas dix minutes à accorder à un sujet qui ne fait pas partie de mes priorités », a évacué son directeur Luc Barruet.
"Plus on montre de femmes sur scène, plus on donne envie aux filles spectatrices de monter sur scène. Et ça fonctionne"
Jean-Michel Dupas, programmateur du Printemps de Bourges
Chez les douze festivals qui ont accepté de répondre, le discours est tout autre même si la part d’artistes féminines sur scène diffère. En épluchant chacune des affiches du top 15, le taux de représentation des artistes féminines atteint en moyenne 34,7 %. C’est 4,5 % de plus que l’année passée. Un chiffre susceptible d’évoluer dans les prochaines semaines, car toutes les programmations ne sont pas entièrement annoncées. Mais une évolution est déjà sensible dans les line-up comme dans les discours.
Évolution de la part artistes féminines dans les quinze festivals les plus fréquentés en France, entre 2025 et 2026. Le Figaro
« Il y a encore quelques années, on ne tenait absolument pas compte du genre des artistes. On programmait des groupes qui nous plaisaient, témoigne Cédric Cheminaud, directeur général adjoint du Cabaret Vert. Mais au fur et à mesure, on a constaté qu’on aboutissait à quelque chose de très majoritairement masculin. Depuis, on fait beaucoup plus attention. » Le discours est partagé par le Printemps de Bourges, pour qui la féminisation de la programmation est devenue un véritable enjeu. Cette année, le festival dont la 50e édition se tiendra du 14 au 19 avril dans le Cher, est le deuxième meilleur élève du classement avec 51 % de représentation féminine. « On s’est imposé un cahier des charges, indique Jean-Michel Dupas, le programmateur du rendez-vous. On est parti d’un postulat assez naïf et peut-être cliché : plus on montre de femmes sur scène, plus on donne envie aux filles spectatrices de monter sur scène. Et ça fonctionne. »
Cette prise de conscience n’est pas le simple fruit du hasard. Depuis 2022, les festivals qui bénéficient de subventions de la part du Centre national de la musique (CNM) et du ministère de la Culture doivent répondre à plusieurs critères pour garder leurs aides. Ceux-ci concernent notamment les questions de « parité sur les plateaux artistiques, de rémunération égale entre femmes et hommes à poste équivalent ou encore d’inclusion sociale et de diversité ». Le CNM recommande également d’inclure « 30 % de compositrices » dans les programmations. Le ministère recommande aussi aux festivals de mettre en place des formations pour lutter contre les violences et harcèlement sexiste et sexuel.
Éclosion de talents en 2026
« On doit remplir des cases, mais ce n’est pas pénalisant, explique Pierre Pauly, programmateur des Francofolies de la Rochelle (du 10 au 14 juillet), affichant 40 % de représentation féminine depuis deux ans. Cela amène les organisateurs de festival à être plus vigilants sur cette question. »
Avec un tiers d’artistes féminines à l’affiche cette année dans les plus grandes manifestations, doit-on comprendre que les femmes gagnent en visibilité ? La réponse n’est pas si simple. Comme le rappelle Jean-Paul Roland, directeur général des Eurockéennes (2 au 5 juillet), « le pourcentage ne dit pas toute la vérité, car tout dépend de la place de l’artiste dans la programmation ». Son confrère Jérôme Tréhorel, directeur général des Vieilles Charrues (16 au 19 juillet), l’affirme lui aussi : « Si Céline Dion ou une autre artiste populaire est programmée sur la grande scène, c’est plus important que des artistes féminines annoncées sur les plus petites scènes. »
Fort heureusement pour les programmateurs, l’année écoulée a vu de nombreuses têtes d’affiche féminines s’affirmer et trouver leur public. Theodora et Charlotte Cardin, qui ont brillé aux Victoires de la musique, Helena et Marguerite, qui sont sorties de la Star Academy, ou encore Aya Nakamura et Suzane, dont les albums ont été salués par la critique, occupent les grandes scènes. Yael Naim, récompensée à trois reprises aux Victoires de la musique en 2016 et 2017, explique que « les artistes féminines sont de plus en plus productrices de leur univers sonore et visuel. Elles se sont construites de manière indépendante et sont plus libres dans leurs propositions musicales ».
À We Love Green (6 au 7 juin), un festival francilien affichant 48,4 % de représentation féminine cette année, les choix de programmation se sont donc faits naturellement. Marie Sabot, la directrice, explique avoir eu « beaucoup plus de facilités à trouver des profils cette année, et sur le samedi, la scène principale est majoritairement occupée par des artistes comme Theodora, Addison Rae, Hayley Williams et Oklou ». Pareil pour les Francofolies avec Aya Nakamura, Helena, Louane et Marguerite qui se produiront sur la scène principale le 13 juillet : « On les a programmées parce qu’elles ont du talent et parce qu’elles sont à leur place. » Chacune de ces artistes sera tout autant considérée que des profils masculins comme Orelsan, Gims, Feu! Chatterton ou Macklemore. Les programmateurs essaient de les positionner « le plus haut possible sur l’affiche », précise Damien Jahier, à la tête du V and B Fest’ (20 au 23 août). « Mais cette construction reste une petite bataille pour nous », admet-il.
« Les derniers maillons de la chaîne »
Reste qu’un festival ne se résume pas à des choix artistiques ou politiques. Alors que ces manifestations se remettent à peine des années covid et que la crise financière les a secoués en 2024 et 2025, les programmateurs ne doivent pas perdre de vue « la logique de rentabilité, afin de garder un certain équilibre économique », détaille Marion Robinet, responsable de la vie syndicale au Syndicat des musiques actuelles (SMA). « Pour cela, il leur faut des têtes d’affiche capables d’attirer les foules. » Comme le rappelle Robin Godet, directeur et...
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