Une étude réalisée par l’institut Ifop et la fondation Art Explora révèle que la lecture et les sorties au cinéma sont en net recul sur la dernière décennie. La concurrence du numérique n’est pas le seul facteur explicatif. Loin de là.
Pour résumer : les Français aiment la culture… mais la pratiquent de moins en moins. Voilà la conclusion que l’on pourrait tirer, un peu hâtivement, de l’étude sur les pratiques culturelles des Français réalisée par l’institut Ifop et la fondation Art Explora (1). Si la très grande majorité (86 %) des quelque quatre mille personnes interrogées juge en effet que la culture est « essentielle » à la qualité de la vie (juste après les moments en famille et ceux passés entre amis), la part des pratiques culturelles dans leur quotidien est en chute libre — du moins pour les pratiques traditionnelles. En mars 2017, 85 % des sondés disaient avoir lu au moins un livre dans l’année… Ils ne sont plus que 72 %. En 2017, ils étaient 77 % à être allés au moins une fois au cinéma… Ils ne sont plus que 57 %.
Et la chute est tout aussi spectaculaire pour ceux qui déclarent avoir visité un site ou un monument historique (51 % aujourd’hui, contre 71 % hier). Même la visite d’un musée ou d’une expo ne franchit plus la barre médiane, stagnant à 43 %, soit, là aussi, une vingtaine de points de moins que lors de la précédente enquête. In fine, 20 % des Français disent n’avoir effectué aucune sortie culturelle au cours des douze derniers mois.
Mais les sondages, c’est comme les trains, un chiffre peut en cacher un autre. Et une nouvelle pratique peut se substituer à une plus ancienne. Si l’on considère la consommation numérique (qui, dans l’étude, inclut la télévision), 65 % des personnes interrogées disent avoir regardé au moins un film l’an passé, 62 % une série et 54 % un documentaire. L’étude ne permet pas, hélas, de comparer ces chiffres à de plus anciens, mais on constatera, sans surprise, que la consommation culturelle numérique est entrée dans les mœurs. Autre donnée éloquente : 66 % des personnes interrogées trouvent qu’il est globalement facile d’accéder à la culture en France — pour la consommer ou pratiquer soi-même une activité —, c’est-à-dire… exactement la même proportion qu’en 2017. Évidemment, le taux augmente en même temps que le niveau de vie et le niveau de diplôme. Et varie selon que l’on habite en ville ou à la campagne.
“Trois facteurs majeurs”
Un élément plus troublant concerne les sorties culturelles : ce n’est pas tant le pouvoir d’achat qui les freinerait (l’offre gratuite est abondante) qu’un manque d’envie, ressenti par les publics dits « paradoxaux » : ceux qui estiment que la culture est importante, qui y ont un accès relativement facile, mais qui rechignent à sortir de chez eux pour en profiter. « C’est un élément en effet surprenant de prime abord, mais que nous avons constaté à de multiples reprises, confirme Agnès de T’Serclaes, directrice générale adjointe d’Art Explora. Trois facteurs majeurs expliquent ce manque d’envie : le premier, ce sont les contraintes de quotidiens fatigants et déjà très remplis, au sein desquels la culture apparaît comme trop chronophage. Le deuxième, qui découle du premier, c’est...
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