Le député socialiste Arthur Delaporte revient sur une polémique récente ayant visé le Centre national du cinéma et de l’image animée et appelle à un fonctionnement serein pour réaliser sa mission cruciale pour la richesse du modèle culturel français.
Une fois encore, la croisade de l’extrême-droite contre le modèle original de financement de la création culturelle en France, qui fait la richesse de notre pays, a frappé. Le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est la victime collatérale d’une polémique odieuse. Elle dévoie les questions légitimes qui pèsent sur le financement de la création en ligne dans notre pays, à l’heure où le développement des réseaux sociaux questionne les véhicules traditionnels de la diffusion.
Le 8 avril dernier, le président du CNC a annoncé la suspension jusqu’à nouvel ordre du Fonds d’aide à la création sur les plateformes sociales, la commission d’attribution n’étant plus en mesure de « délibérer sereinement sur les projets qui lui ont été soumis ». Cette suspension intervient en réaction aux propos malheureux de la streameuse Ultia, membre du jury du fonds - écartée immédiatement - propos qui rompaient avec l’impartialité requise à l’exercice de sa mission. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle subisse des raids de cyberharcèlement sexistes et violents et que l’algorithme s’emballe, nourri par la sphère d’extrême droite et plusieurs responsables politiques LR qui voyaient là l’occasion de réaffirmer un projet politique, au mépris du réel.
La mission du CNC est suffisamment importante pour prendre la défense de l’institution. Établissement public créé au lendemain de la seconde guerre mondiale, le CNC soutient la création française, d’abord cinématographique, puis progressivement l’ensemble de l’image animée au fil des innovations technologiques. Sa mission : garantir la liberté de création.
Une fois encore, c’est une bulle algorithmique qui a participé à faire monter une polémique, de manière disproportionnée et sans aucune nuance. C’est aussi la responsabilité des plateformes comme X, Tik Tok ou YouTube qui ont laissé prospérer des contenus dénigrants, mensongers et violents. Avant toute chose, il est nécessaire d’apporter un soutien clair au CNC et à ses agents qui ont dû faire face à des menaces de mort, au cyberharcèlement et la violence des réseaux sociaux alimentée par la fachosphère. C’est cette violence qui a aussi conduit à la mise en pause du dispositif pour protéger des salariés et une institution éreintée par une mauvaise polémique. Revenons pourtant au fond de l’affaire : le financement de la création en ligne.
Au début de l’année, le CNC avait annoncé la transformation de son dispositif d’aide à la création en ligne, en le ciblant sur les œuvres spécifiquement conçues pour les plateformes de vidéos. L’ex « Fonds talent » était doté à hauteur de 2 millions d’euros. Le montant était augmenté de 50 % pour atteindre 3 millions d’euros, un chiffre toujours en deçà des besoins, avec critères d’attribution stricts et une éligibilité limitée. Cette dotation restait modeste au regard du chiffre d’affaires de la création de contenu en ligne.
Une contribution trop faible des plateformes
Dans un rapport remis au Premier ministre en janvier dernier sur l’influence et réseaux sociaux, je préconisais avec Stéphane Vojetta la montée en puissance de ce fonds, tout en demandant de conditionner son attribution à des critères éthiques : réduction de la publicité, respect d’une charte mettant par exemple en avant l’égalité femme-homme, la lutte contre les discriminations ou toutes formes de racisme, la protection de l’environnement… Instaurer des garanties supplémentaires de transparence et de respect de...
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