L’artiste Jean Hostache subit depuis plusieurs jours un harcèlement sur les réseaux sociaux, après la publication d’une vidéo présentant son prochain spectacle. Ses détracteurs mettent en cause le montant supposé des subventions de la ville de Paris au projet.
«Polémique à Paris : une association proposant de danser sur des passages piétons touche 245 000 euros d’ARGENT PUBLIC.» Ce message en forme d’alerte est celui de la page identitaire Bastion Média FR, très active sur le réseau social X. En quelques jours, la publication au titre mensonger a récolté presque 1 million de vues, cristallisant les attaques d’internautes identifiés à l’extrême droite, relayées par plusieurs députés et médias. A l’origine, une simple vidéo de présentation publiée jeudi 23 avril, dans laquelle le chorégraphe Jean Hostache expose le concept de son nouveau spectacle : de la danse en plein air dans l’espace urbain, notamment sur les passages piétons parisiens. Derrière le projet, la structure Art’R de l’association culturelle A suivre, qui vise à mettre en avant «les arts de la rue».
«J’ai très peur, c’est extrêmement violent», réagit quelques jours plus tard Jean Hostache, joint par Libération. Sa vidéo a été repérée par une autre page d’extrême droite, qui s’est empressée de la relayer sur X, et d’interpeller ses followers : «Faut vérifier, y’a des chances que ce soit subventionné par la mairie de Paris. » Au-delà des railleries et des insultes sur le projet culturel porté par l’association, des enquêteurs autoproclamés ont donc entamé des recherches et relevé le chiffre de 245 000 euros, correspondant au budget alloué par la ville de Paris lors du conseil municipal de février 2026. Une «révélation» qui a fait enfler la polémique, dont certains médias d’extrême droite - tels que Valeurs actuelles, Sud Radio et le JDD - se sont emparés, pointant directement la mairie de Paris pour l’attribution de ses subventions.
Sauf que le chiffre, présenté comme tel, n’a rien à voir avec la performance seule proposée par la compagnie de Jean Hostache. «J’ai touché 3 500 euros pour une résidence de deux semaines [incluant les répétitions et la performance ndlr], et pour payer huit danseurs», détaille ce dernier pour Libé. Un montant en forme «d’aide à la création», versée par le programme Art’R de l’association A suivre, qui accompagne son projet. De son côté, la structure s’est bel et bien vue accorder la somme de 245 000 euros, pour l’ensemble des spectacles programmés sur la saison 2026, allant de mars à juillet. La subvention allouée par la Ville englobe «le projet de saison Art’R et la 30e édition du festival Onze Bouge» - un événement d’une vingtaine de spectacles gratuits étalés sur quatre jours - comme le détaille le bulletin officiel du conseil municipal de février, accessible depuis le site de la mairie de Paris.
«Comment une seule personne sur terre pense qu’on peut financer une compagnie à hauteur de 245 000 euros pour un spectacle sur des passages piétons !» s’étouffe Caroline Loire, directrice de l’association A suivre, sollicitée par Libération. «On est dans un rouleau compresseur qui nous dépasse», déplore-t-elle, rappelant qu’A suivre est «une toute petite structure». Face aux attaques mensongères relayées par les internautes et les médias, elle envisage de déposer plainte pour diffamation et cyberharcèlement.
Insultes homophobes et menaces de mort
«Mon visage a été partagé des milliers de fois», déplore Jean Hostache, qui dénonce la centaine de messages haineux partagés sous la vidéo. «Encore une asso de baltringues», «Personne leur a roulé dessus ?», «L’internement est la seule solution face à ces créatures démoniaques», peut-on lire parmi un florilège de commentaires, allant d’insultes homophobes à des menaces de mort. Si l’association Art’R a réagi rapidement, en bloquant les réactions, d’autres internautes malveillants ont retrouvé son compte personnel et poursuivi leurs attaques. Une autre page, qui se revendique de la mouvance néonazie commente : «La République finance des untermensch avec le pognon du contribuable» du terme utilisé par les nazis pour...
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