Soumis à des pressions, le réalisateur, auteur du film « Oui », a renoncé à participer au FID Marseille. Dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités issues notamment du monde du cinéma s’inquiète de voir des logiques d’intimidation se substituer à la réflexion collective sur le rôle de la culture lors des crises politiques.
Les pressions exercées ces dernières semaines autour de la présence du réalisateur Nadav Lapid à la prochaine édition du FID Marseille [du 7 au 12 juillet] ne peuvent être passées sous silence. Appels au boycott du festival, menaces adressées à ses partenaires et à ses financeurs, campagne d’intimidation menée par certaines personnalités du monde du cinéma, retraits de films : tout a concouru à empêcher sa participation.
D’abord comme membre du jury, fonction à laquelle le festival a décidé de renoncer sous la pression, puis finalement comme cinéaste invité à présenter un de ses films et à rencontrer le public lors d’une master class qui ne peut in fine se tenir dans les conditions d’un véritable échange, compte tenu du climat entourant sa venue.
A mesure que les semaines passaient, ce n’était plus le rôle de Nadav Lapid au sein du festival qui posait problème, mais sa pure et simple présence. Il ne s’agit pas d’un désaccord critique ni d’un débat artistique. Il s’agit d’une volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion et de création. Et cela appelle une réaction claire, non parce qu’elle viserait une personne en particulier, mais parce qu’elle engage une certaine idée du cinéma et de la culture.
Logique d’assignation et d’intimidations
Il faut d’abord reconnaître le contexte dans lequel ces mobilisations prennent place. Face à la logique génocidaire déployée actuellement contre le peuple palestinien à Gaza et face à l’impuissance des institutions politiques et à la faiblesse des réponses collectives, nombre de personnes cherchent légitimement des formes d’action. Les questions de solidarité, de responsabilité et de résistance traversent aujourd’hui le monde culturel. Elles méritent d’être discutées sérieusement, tant elles engagent des enjeux politiques et éthiques majeurs. Mais ce qui est en jeu ici est plus simple : un artiste est réduit à sa nationalité.
Car enfin, en quoi la présence d’un cinéaste dans un jury ou la présentation de l’un de ses films feraient-elles de lui le représentant d’un Etat ? Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel, mais reconnaître une œuvre, un parcours et une pensée du cinéma. Dès lors, comment Nadav Lapid, dont le travail s’est construit depuis de nombreuses années dans une critique frontale des politiques menées par les différents gouvernements de son pays, au prix de prises de risque réelles, et qui a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza, pourrait-il être assimilé à une quelconque forme d’ambassade culturelle israélienne ? Il faut nommer ce déplacement pour ce qu’il est : une logique d’assignation.
Mais cette affaire révèle aussi quelque chose de plus large. A travers elle, c’est notre capacité collective à penser le rôle de la culture dans les moments de crise politique qui se trouve fragilisée. Au lieu d’ouvrir une discussion sur les formes possibles de résistance, sur la manière dont le cinéma peut participer à une réflexion collective face aux violences fascistes du présent, et...
Lire la suite sur lemonde.fr




