En France, de nombreuses salles se sont fait une spécialité d’accueillir les artistes et leurs équipes afin de roder leurs prestations scéniques dans les meilleures conditions avant de partir en tournée.
Ce soir du 5 avril 2008, Alain Bashung s’avance sur la scène de l’Aéronef. Il s’appuie sur un tabouret haut et entame, seul à la guitare, Comme un Lego que lui a écrit Gérard Manset. Une envolée de neuf minutes, sublime et fragile, qui ouvre le premier concert de sa dernière tournée. Depuis plusieurs jours, Bashung prépare ce tour dans la salle lilloise. Une résidence pour répéter avec ses musiciens, peaufiner la setlist, ajuster les lumières, imaginer les contours sonores de la voix et de chaque instrument. «Le principe de faire des résidences, c’est très français, c’est un héritage qui vient du monde du théâtre. Il n’y en a quasiment pas dans les autres pays», explique David Fourrier, le directeur de la salle de concerts la Sirène à La Rochelle. En France, avant de partir en tournée, les musiciens confirmés se préparent, répètent et rodent leur show. Et les nouveaux venus s’essaient à domestiquer cette scène qu’ils connaissent peu avant de rencontrer le public. «En Angleterre, c’est plus direct, les jeunes groupes jouent dans les bars, se forment sur le tas», rajoute la coach scénique Bénédicte Le Lay.
Le challenge d’une résidence ? Passer du studio d’enregistrement, où des nouveaux morceaux ont été capturés, à leur délivrance sur scène. «Redéplier pour le live un album qu’on vient d’enregistrer, c’est un travail méticuleux», commente Bertrand Belin, qui a réalisé ces dernières années des résidences à la Sirène et au Grand Mix à Tourcoing. «En amont, je travaille l’aspect musical des morceaux avec mes musiciens dans un studio de répétition. Puis, lors de la résidence scénique, nous répétons encore et je réfléchis à la dynamique générale du concert, à sa dramaturgie.» Le chanteur parle de «l’excitation de se retrouver en bande», et avant tout «du plaisir à prendre lors d’une résidence». Même si l’ultimatum du premier concert, qui se fait généralement dans la salle même en sortie de résidence, peut rendre fébrile.
«Au moment de présenter sur scène ses nouveaux morceaux, son nouveau show, il y a de l’impatience, de l’excitation, et oui, aussi de la fébrilité, ajoute Etienne de Crécy. J’aime fabriquer des shows, avec des lumières coordonnées avec la musique, avec des visuels, mais cela me met la pression car ça peut être technologiquement infernal. Sur mes concerts, il y a beaucoup d’ingénierie et tous les réglages prennent énormément de temps.» Bertrand Belin se concentre davantage sur les chansons, sur leur agencement : «Il y a une priorité au nouvel album, auquel je vais rajouter des anciens morceaux. Et j’ai de la chance. Comme je n’ai pas vraiment fait de tubes, je ne dois pas jouer obligatoirement certains titres !» Ainsi, Hypernuit, pourtant un incontournable depuis quinze ans, a récemment disparu de la setlist de ses concerts, au désespoir de certains fans.
Les Scènes de musiques actuelles, cœur du dispositif
En France, une centaine de salles de concerts sont labellisées par l’Etat comme des Scènes de musiques actuelles (Smac) et bénéficient d’un soutien financier important. «L’activité d’une Smac repose sur trois piliers : la diffusion (l’organisation de concerts), l’action culturelle et l’accompagnement à la création dont les résidences scéniques», explique Elise Vanderhaegen, la directrice du Grand Mix. «Réaliser des résidences, cela fait complètement partie du cahier des charges d’une Smac.» Bien sûr, d’autres salles, privées ou plus grandes (type Zénith), peuvent également organiser des résidences mais l’essentiel se passe dans le réseau des Smac. Cela peut même être un axe fort de son activité, comme à la Sirène. «Dès sa conception, le bâtiment a été voulu comme un lieu de création et de résidence, avec deux salles de concerts, de 1 250 et 700 places, et cinq studios de répétitions», raconte David Fourrier. «L’année dernière, nous avons organisé 100 concerts et il y a eu 116 journées de résidence.» Ces derniers mois, Feu ! Chatterton, disiz, Etienne de Crécy, Yamê, Imany, Bertrand Belin et même les Anglais de Idles sont notamment venus travailler sur la...
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