Fin de la mainmise du privé, créations d’une Villa Nikki, plan de lecture renforcé… Au-delà de quelques mesures prévues pour le secteur dans les différents programmes, l’attention portée à la culture fait pâle figure, au regard de la place qu’elle occupe dans le quotidien des Parisiens.
N’y allons pas par quatre chemins : la culture n’est pas au cœur de la bataille des municipales à Paris. Complètement à rebours de la place que celle-ci occupe dans le quotidien des Parisiens, avec la plus forte densité d’équipements culturels au mètre carré de l’Hexagone et des pratiques artistiques logiquement plus élevées que sur le reste du territoire (avec une offre pléthorique qui crée la demande), la culture n’est la tête d’affiche d’aucun des cinq programmes que Libé a examinés.
Tandis que la capitale est redevenue l’une des scènes artistiques les plus enviables d’Europe, détrônant au fil des ans Londres (ostracisée depuis le Brexit), Berlin (qui manque d’emplois) ou Bruxelles (toujours attractive pour les artistes en raison de loyers plus bas, moins pléthorique sur le plan de la création), la culture arrive très loin derrière les promesses en matière de logement, de propreté ou sur le nouveau front du périscolaire.
Chez presque tous les candidats, ça commence par le même robinet d’eau tiède : extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, tarification préférentielle dans les musées pour les Parisiens, fin du tirage au sort dans les conservatoires de musique. Dans les faits, la ville de Paris ne finance qu’une petite partie de la culture dans la capitale. Le réseau des 72 bibliothèques en fait partie, ainsi que celui de Paris Musées (qui réunit 14 institutions, du Musée d’art moderne de la ville de Paris au Carnavalet). Mais tous les autres sont financés par l’Etat – sans compter les très nombreuses fondations privées d’art contemporain, de la Bourse de commerce à la nouvelle Fondation Cartier – avec actuellement une enveloppe de 275 millions d’euros annuels, soit 2,4 % du budget global.
«Doper les mètres carrés»
Pour le macroniste Pierre-Yves Bournazel, qui rend un hommage appuyé à l’élan donné sous Bertrand Delanoë (Nuit blanche, Paris Plages, rénovation du Palais de Tokyo, lancement du CentQuatre) et tacle au passage la maire sortante Anne Hidalgo, la culture, le sport et le patrimoine seraient désormais «administrés comme des acquis». Ce en quoi il n’a peut-être pas tout à fait tort, quand on voit le peu d’attention portée à la culture dans le programme du candidat de la gauche unie (hors LFI), Emmanuel Grégoire. Tout roule à Paris ? Oui et non. Les librairies et cinémas attaqués ? La concurrence du privé avec des musées publics incapables de rivaliser avec la force de frappe d’un Pinault ou d’un Arnault ? Le coût des loyers excluant de fait des artistes de plus en plus paupérisés ?
Déjà aux responsabilités ces dernières années en tant que premier adjoint d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire déroule sans trop d’ambition : plan de lecture renforcé, maison des pratiques artistiques amateurs, maison des arts et cultures féministes ou parc de sculptures à la Concorde. Et si devant les acteurs de la nuit réunis à la Rotonde, jeudi 19 février, il devançait très nettement ses adversaires politiques en faisant preuve d’une vraie maîtrise des dossiers, seul à parler du Grand Paris, le candidat de la gauche n’a pas fait de la politique culturelle un atout majeur de sa campagne.
Lui aussi étiqueté à gauche, le maire de Paris Centre, candidat à sa réélection, fait face à d’autres problématiques. Chargé des quatre premiers arrondissements de la capitale, Ariel Weil doit composer avec la logique touristique de son secteur et un ratio de 100 000 habitants la nuit contre 400 000 visiteurs par jour. En cause notamment, la présence du Louvre, musée le plus visité au monde (9 millions de visiteurs par an, 30 000 par jour), mais aussi la très fréquentée Notre-Dame et le flux colossal de voyageurs déversés chaque jour dans la plus grosse gare d’Europe : Châtelet-Les Halles.
Il faut «doper les mètres carrés et investir tous les espaces intercalaires, dans les écoles, les mairies pour y introduire d’autres pratiques», estime ainsi Ariel Weil. Côté mètres carrés, c’est dans les sous-sols qu’il compte gagner du terrain. Sous le Forum des halles en l’occurrence, gigantesque dédale de tunnels et parkings désormais vides où il souhaite installer des centres sportifs et culturels.
«Le trou noir» des travaux de Pompidou
Autre problématique : les gros chantiers. Celui, encore hypothétique, de l’aménagement de l’esplanade devant la façade Est du Louvre, si le projet Louvre-Nouvelle Renaissance reprenait du poil de la bête, et celui, titanesque lui aussi, mais surtout enclavé et de longue haleine (cinq ans), du centre Pompidou, qui «fait craindre à tout un quartier le trou noir», expose Ariel Weil. «Je veux faire de ce chantier un acte culturel», affirme le président du centre, Laurent Le Bon, qui inaugurait il y a quelques jours la maison Pompidou sur la piazza.
Avec son «Nouveau Paris populaire», l’insoumise Sophia Chikirou, elle, veut veiller au «rééquilibrage de l’offre culturel entre le nord et l’est de la ville d’une part et le centre et l’ouest d’autre part». Surtout, elle estime qu’il faut «démarchandiser la culture, la démocratiser et opposer une résistance publique». «Il s’y passe la même chose que partout : des grands noms, des oligarques, monopolisent et standardisent l’offre culturelle», détaillait-elle le 19 février devant des acteurs du monde culturel et de la nuit. Dans son programme, la candidate LFI plaide ouvertement pour la...
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