« De nombreuses dépenses s’avèrent (…) sans lien avec les intérêts de l’association », note la chambre régionale des comptes d’Occitanie, dans un rapport de novembre 2025, à propos du deuxième festival de théâtre en France.
C’est l’histoire d’une fuite en avant, celle du deuxième festival de théâtre français, que ses financeurs institutionnels n’ont pas su, ou pas voulu, voir. Dans un rapport du 4 novembre 2025, consulté par Le Monde lundi 8 juin, la chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie jette une lumière crue sur le Printemps des comédiens, dont la 40e édition se tient jusqu’au 21 juin à Montpellier, et sur la gestion de son influent ancien directeur Jean Varela (2011-2025). Michaël Delafosse, maire socialiste de la ville depuis 2020, est aussi évoqué comme trésorier de l’association, entre octobre 2019 et juin 2020 en parallèle de sa campagne pour les élections municipales, et comme autorité de tutelle depuis la mi-2020.
Deux sujets principaux ont intéressé la CRC, qui s’est penchée sur la période 2019-2024. D’une part, les dédommagements versés par le festival aux compagnies de théâtre qu’il avait programmées puis annulées en 2020, à cause de l’épidémie due au Covid-19. La chambre régionale des comptes s’interroge sur la pertinence de ces versements, d’autant qu’ils n’étaient pas prévus dans les contrats signés avec les compagnies et que certains sont intervenus concomitamment à la campagne électorale pour les municipales du trésorier, M. Delafosse. D’autre part, la « situation financière préoccupante » de l’association, malgré un « soutien public significatif de 12,8 millions d’euros [du] département, [de la] métropole, [de l’]Etat [et de la] région ». La CRC note « de nombreuses dépenses (…) sans lien avec les intérêts de l’association » et « un certain effacement des instances de gouvernance, (…) composées en grande partie de financeurs ».
L’association conteste cette analyse. Dans une lettre envoyée à la fin de 2025 à la CRC, M. Varela et le vice-président de l’association, Jacky Vilacèque, regrettent que « l’ampleur » de ce « projet culturel audacieux (…) n’a[it] pas toujours été perçue ».
Au premier chef par le département, qui, en 2024, signale à la chambre régionale des comptes des « problèmes de gestion » et se retire de la gouvernance. La métropole, présidée depuis 2020 par M. Delafosse, explique « avoir découvert l’ampleur des difficultés financières (…) à l’été 2024 (…) au moment de l’ouverture d’une première procédure d’alerte par le nouveau [commissaire aux comptes] de l’association », relaie la CRC. Des alertes avaient déjà été émises en 2019 et en 2023.
Production exportée mondialement
Le contrôle de la juridiction régionale accélère le départ de M. Varela, acté en décembre 2025. « Face aux incertitudes financières et au manque de transparence de la direction, la Métropole de Montpellier et l’Etat (…) ont décidé d’engager une procédure transactionnelle visant à mettre fin aux fonctions du directeur », affirme la métropole à la CRC, ce que rappelle M. Delafosse dans un échange avec Le Monde. M. Varela, lui, conteste vigoureusement l’analyse des magistrats financiers.
En creux, le rapport fait le récit d’une gestion problématique depuis des années, alimentée par des fonds publics versés sans vrai contrôle. En 2020, une tentative de « rationaliser l’offre culturelle du Domaine d’O », lieu où se produit le festival, est amorcée par la métropole. L’enjeu est de rassembler dans une même entité (la Cité européenne du théâtre) le Printemps des comédiens et le Domaine d’O. M. Varela est placé à la tête de la nouvelle structure, créée en janvier 2025. La dissolution, pourtant prévue, de l’association n’arrive pas : sa « situation financière préoccupante » l’en empêche, malgré les subventions qui continuent à lui parvenir.
Face à ces critiques, l’association fait valoir que « l’activité de service public culturel [qu’elle] porte oblige à dépasser la seule lecture comptable ». Elle met en avant sa production originale exportée mondialement – l’adaptation de Bérénice avec Isabelle Huppert et quelques figurants – et précise que son activité doit être analysée sur trois ans pour tenir compte de ses investissements.
La chambre régionale des comtpes, qui a bien appliqué ce calcul, note que le budget artistique a baissé depuis 2022, en faveur des dépenses de fonctionnement – ce que conteste le festival. « L’association fait ainsi du budget artistique, qui est pourtant son cœur d’activité, sa seule variable d’ajustement pour tendre vers l’équilibre (…). Le directeur a d’ailleurs exposé ce choix en conseil d’administration » en 2024, relève la CRC.
Comment expliquer qu’une association d’environ quatre salariés et de quelques prestataires ait autant de charges quotidiennes ? « Quarante-deux pour cent des dépenses de fonctionnement » passent dans les rémunérations. Le coût pour l’association du salaire (toutes cotisations comprises) de son directeur oscille autour de 200 000 euros par an, pris à moitié en charge par le Domaine d’O à partir de 2023. A cela s’ajoutent ses « dépenses personnelles », qui « pèsent sur les comptes de l’association ».
200 000 euros de frais
Il y a les dépenses effectuées pendant ses congés, mais aussi les 200 000 euros de frais de déplacement de l’Italie au Chili, en passant par la Grèce et la Norvège, « imposés, selon l’association, par la recherche (…) de nouvelles collaborations » – qui n’ont...
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