Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’intersyndicale du spectacle vivant public alerte sur une crise d’une « gravité exceptionnelle ». Les organisations dénoncent les effets de la loi de finances, l’effondrement des financements territoriaux et les menaces pesant sur l’intermittence.
Elles appellent à une concertation nationale pour sécuriser l’emploi artistique et les moyens de la création. Au-delà des arbitrages budgétaires, elles défendent le maintien d’un service public de la culture qu’elles jugent essentiel.
Lettre ouverte de l’intersyndicale du spectacle vivant public à l’attention de Monsieur le Premier ministre Sébastien Lecornu
Monsieur le Premier ministre,
Les organisations syndicales représentatives des employeurs et des salariés du spectacle vivant public souhaitent vous alerter solennellement sur la situation d’une gravité exceptionnelle que traverse aujourd’hui notre secteur.
Le service public du spectacle vivant constitue l’un des piliers de la cohésion nationale. Il irrigue les territoires, soutient la création, structure l’emploi artistique et technique, garantit l’égalité d’accès à la culture et participe au rayonnement de notre pays. Ce modèle, patiemment construit depuis plus de soixante-dix ans, est aujourd’hui fragilisé comme jamais.
Les effets déstabilisateurs de la loi de finances
Les décisions prises dans le cadre du projet de loi de finances ont produit des effets massifs et immédiats.
Si certaines lignes budgétaires ont été formellement maintenues, les retards de notification, les gels et les incertitudes ont placé de nombreuses structures dans des situations de trésorerie critiques. Le sous-financement du Fonds national pour l’emploi pérenne dans le spectacle (FONPEPS), pourtant outil structurant de stabilisation de l’emploi, fait peser une menace directe sur les dispositifs d’aide à l’embauche et à la pérennisation des contrats.
À ces fragilités s’ajoute la contraction du programme 361, qui finance l’éducation artistique et culturelle, amputé nationalement de manière significative, entraînant l’arrêt de projets, notamment dans les établissements scolaires. Ce sont les artistes, les équipes et les jeunes publics qui en paient le prix.
Dans le même temps, les annonces répétées de nouvelles réserves ou annulations de crédits entretiennent une incertitude permanente incompatible avec la conduite de politiques culturelles exigeantes.
L’effondrement du financement croisé territorial
Le modèle français du spectacle vivant repose sur un principe clair : la compétence partagée entre l’État et les collectivités territoriales.
Or, les baisses massives décidées ou annoncées par de nombreuses régions, départements et villes provoquent un effet domino d’une ampleur inédite. Certaines collectivités réduisent brutalement leurs engagements, d’autres gèlent ou différencient leurs soutiens. Les conséquences sont immédiates : annulations de productions, réductions de tournées, reports de créations, non-renouvellement de contrats, et désormais licenciements.
Nous assistons, à bas bruit, à un plan social diffus. Le secteur ne licencie pas toujours massivement : il cesse d’embaucher, interrompt des projets, fragilise des équipes artistiques entières. La diversité des esthétiques, la recherche, l’émergence sont directement menacées.
Quand 70 % des financements publics de la culture proviennent des territoires, l’affaiblissement du bloc local met en péril l’ensemble de l’édifice.
L’inquiétude majeure autour des annexes 8 et 10
Dans ce contexte déjà extrêmement tendu, la demande du MEDEF, hors de tout cadrage, sur l’ouverture d’une renégociation sur les annexes 8 et 10 de l’assurance chômage (régime spécifique de l’intermittence du spectacle) avec l’ajout de 50 heures supplémentaires pour les artistes et techniciens, suscite une inquiétude profonde et une totale incompréhension.
Ce régime n’est pas un privilège : il est l’architecture même de l’économie du spectacle vivant. Le fragiliser dans une période de contraction budgétaire et d’effondrement de la diffusion reviendrait à déstabiliser définitivement l’emploi artistique et technique. Nous ne pouvons accepter que l’intermittence devienne une variable d’ajustement budgétaire.
Nous demandons que toute discussion sur ce régime s’inscrive dans une logique de sécurisation et non de remise en cause.
Retrouver un dialogue institutionnel normal et respectueux
Au moment où la ministre de la Culture, Madame Rachida Dati, a annoncé son départ, nous souhaitons pouvoir engager un travail constructif avec le ministère de la Culture.
Depuis l’arrivée de Madame Dati rue de Valois, le dialogue avec les organisations représentatives du spectacle vivant public a été profondément altéré. Les concertations ont été rares, les décisions souvent unilatérales, et les paroles publiques à l’égard du secteur fréquemment empreintes de mépris. Cette situation a contribué à dégrader la confiance.
Il est désormais indispensable de rétablir des discussions saines, normales et apaisées. Le spectacle vivant public n’est ni un...
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