Le festival berrichon, premier de la saison des beaux jours, a connu une fréquentation record pour sa cinquantième édition. Comment se dessine l’avenir d’une manifestation historique ? Réponses de son directeur, Boris Vedel.
Le 50ᵉ Printemps de Bourges, qui s’achève ce dimanche 19 avril par les concerts de Gims et Ebony, s’est tenu sous le soleil de bout en bout. La météo ne fait évidemment pas tout, mais elle a sans aucun doute favorisé la fréquentation tout au long des six jours. Bilan ? 250 000 festivaliers, dont 80 000 payants, répartis dans tous les coins de la ville, des rives vertes à croquer de l’Auron où se tenaient des bals folks, aux vieilles rues pavées couvertes de terrasses animées, jusqu’à la Maison de la culture et son allée de stands à fritures et scènes ouvertes. Une édition anniversaire record après quelques années plus difficiles, et malgré l’annulation pour raisons médicales de Vanessa Paradis, tête d’affiche le mercredi soir. Le dynamisme du festival est aussi le reflet de celui d’une ville, dont l’économie est boostée par l’industrie de l’armement, en pleine expansion. Alors qu’elle perdait des habitants, Bourges en gagne à nouveau, les commerces rouvrent timidement, contribuant à l’animation du centre-ville.
L’avenir n’est pourtant jamais certain avec les festivals de musiques actuelles, qui vivent en parallèle une crise existentielle profonde. Créé en 1977 dans un pays où les festivals rock se comptaient sur les doigts d’une main, le Printemps de Bourges dut s’adapter à l’époque. S’il reste un rendez-vous majeur – 5 000 professionnels de toute la France s’y rendent pour y faire des affaires —, il doit désormais cohabiter avec des milliers d’autres événements musicaux tout au long de l’année. La concurrence est aussi féroce avec les concerts événements en Arena, des têtes d’affiche toujours plus inaccessibles, et les financements publics qui se font plus rares. Or, ils sont essentiels à Bourges qui n’est pas Paris, Lyon ou Marseille. À quoi ressemblera le Printemps de Bourges dans dix ans ? Réponses de Boris Vedel, son directeur depuis 2015.
Quelle était l’ambition du Printemps de Bourges à sa création, et celle-ci a-t-elle changé ?
Elle a forcément un peu changé, mais il y a quand même un socle partagé. Au tout début, l’histoire du Printemps, c’était de créer un festival pour offrir des scènes à des artistes qui n’en avaient pas, des artistes alternatifs comme Renaud ou Lavilliers à l’époque. Avec déjà, aussi, une sorte de respect pour le patrimoine, puisque Charles Trenet et Jacques Higelin ont été programmés au début. Aujourd’hui, 70 % de la programmation est composée d’artistes émergents. Le printemps défend les nouvelles esthétiques, du rap à la chanson, mais aussi les musiques traditionnelles ou néotraditionnelles puisqu’on a une nouvelle scène qui leur est dédiée…
Comment se distinguer dans un paysage qui n’est pas le même qu’en 1977, puisqu’il existe aujourd’hui des centaines d’autres festivals ?
Ce qui nous distingue, c’est d’abord une saisonnalité : on est le premier festival des beaux jours. Donc le Printemps a cette capacité à donner le ton d’une saison, à travers les têtes d’affiche programmées comme les artistes émergents et les créations.
Le Printemps est indissociable de son tremplin jeune talent des Inouïs qui a célébré ses 40 ans l’an dernier…
Près de 4 000 groupes ont postulé cette année, mais le terme « tremplin » nous paraît réducteur, on bannit le mot même. Nous parlons de dispositif de repérage et de sélection. Celui du Printemps a été le premier, puis le modèle a été copié. Aujourd’hui, être Inouï, c’est bénéficier de tout un accompagnement professionnel : suivre un stage pour apprendre à faire sa fiche de paie, sa déclaration Sacem, à rencontrer des professionnels sur la prévention des risques psychologiques, etc. Le tremplin se contente de mettre un jeune artiste sur scène, nous allons plus loin que ça.
La fréquentation a atteint un record cette année. Comment peut-elle évoluer ?
Le chiffre est en fait assez stable car on ne peut pas accueillir plus de gens dans nos salles. La particularité du Printemps, c’est le grand écart qui existe entre les lieux : on a des salles de 80 personnes et d’autres de 15 000. À cela, s’ajoute Le Printemps dans la ville, le label dans lequel on glisse tout ce qui est en accès libre, autrement dit tout ce qui est gratuit comme le bal des musiques traditionnelles que...
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