En visite dans la cité des Papes samedi 4 juillet pour inaugurer l’événement, Catherine Pégard a été accueillie par une levée de boucliers de la CGT, qui alerte sur des baisses de crédits délétères pour le secteur.
«Retourne à Versailles et rends la maille», scandait un petit comité aux abords de la Maison Jean-Vilar d’Avignon pour accueillir la ministre de la Culture venue au Festival dès ses premières heures, samedi 4 juillet. Quelques huées et le ton était donné entre la tutelle et les organisations syndicales, comme la CGT Spectacle, reçue dans l’après-midi par la ministre et à l’origine du rassemblement. La veille, une lettre, signée par le Syndeac et des associations du secteur, faisait l’effet d’un coup de tonnerre : pointant une situation d’une «extrême urgence», elle révélait que 28 structures de spectacle vivant ‐ dont des centres dramatiques nationaux (CDN) des scènes nationales, des théâtres parisiens, des opéras et des orchestres nationaux – étaient menacées par «une annulation drastique de crédits alloués au service public de la culture». Des crédits distribués en deux versements, l’un au printemps, l’autre à l’automne qui, lui, semble compromis depuis l’annonce d’économies supplémentaires (4 milliards d’euros) par le Premier ministre, fin mai.
Les lieux concernés «risquent de ne pas pouvoir ouvrir leur saison avant janvier 2027», ont alerté les syndicats dans leur courrier, et pourraient même, à terme, fermer au public à la rentrée suivante. Parmi les structures en question figurent entre autres la MC93 de Bobigny, le TNP de Villeurbanne, le Théâtre national de Bretagne, Nanterre-Amandiers, mais aussi la Criée à Marseille, l’Opéra de Lyon…
«Il faudra penser demain à tous nos soucis»
Sur ce point, la ministre n’a pas su convaincre devant les micros tendus de la presse samedi en fin de journée. Malgré une «période extrêmement difficile sur le plan budgétaire», elle s’est, certes, engagée à «préserver la création». Mais si ce n’est qu’«en pleines discussions budgétaires, rien de tout ça n’est arrêté», elle n’a pas donné d’éléments précis et rassurants pour les théâtres visés par de possibles baisses de crédits. Même plutôt heureuse d’être à Avignon, «au pays du théâtre», notamment pour assister à la première du spectacle Maldoror de Julien Gosselin dans la cour d’honneur du palais des Papes, elle a ajouté : «Il faudra penser demain à tous nos soucis.» C’est donc au petit matin, après (au moins) cinq heures de représentations, que les tracas budgétaires ont pu revenir.
Ces questions ont pourtant été abordées lors du bref échange entre des membres de la CGT Spectacle et la ministre, qui a eu lieu plus tôt samedi dans l’après-midi. «Avec une désinvolture qui ne peut qu’inquiéter, la ministre de la Culture nous a tenu le discours des “efforts nécessaires”, de la “hausse des prix de l’énergie”, des “conséquences de la canicule” et “des besoins de l’agriculture” comme si le gouvernement n’opérait pas le choix de sacrifier des opérateurs culturels», s’est indigné le syndicat dans un communiqué de presse partagé après l’entrevue d’un quart d’heure. Pour lui, «la consternation est totale dans le secteur culturel suite aux gels de crédits annoncés» et il partage les deux principales revendications du Syndeac évoquées depuis plusieurs semaines : établir un moratoire sur les réductions du budget de la culture – lequel a baissé en 2026 de près de 173 millions d’euros par rapport à l’an dernier – et refinancer le service public de ce secteur.
Pour les quelques personnes mobilisées ce samedi, c’est un mélange d’angoisse et de colère qui préside. La metteuse en scène Sara Veyron, venue spécialement en Avignon pour les mobilisations syndicales, est convaincue qu’«un grand plan invisible de licenciement de la culture en cours» et s’agace de choix émanant de «Bercy uniquement» qui pèsent de tout leur poids sur la...
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