Le 22 juillet, Radio France a profondément modifié son réseau FM, réduisant fortement le nombre d’émetteurs dédiés à la station musicale, qui a vu sa couverture analogique passer de 93% à 70% de la population.
Les grondements vont crescendo chez les auditeurs de France Musique. Malgré un plan de communication matraqué sur les antennes de Radio France et d’innombrables avertissements lancés à ses habitués, le bouleversement des fréquences FM de la station publique musicale, survenu dans la nuit du 21 au 22 juillet, en mécontente plus d’un.
Comme l’avait annoncé sa présidente, Sibyle Veil, fin mars, Radio France a profondément modifié son réseau FM pour faire environ 4 millions d’euros d’économie et s’adapter, officiellement, à l’«évolution des usages». Dans les faits, France Musique est la grande perdante de cette réorganisation. Selon des chiffres publiés par le Canard enchaîné et confirmés à Libération par l’Arcom, la station est passée de 503 à 140 émetteurs FM, soit une division par plus de trois de son maillage hérité de sa création en 1954.
Dans la plupart des cas, Radio France a échangé les fréquences de Musique avec celles de France Info et son historique 105.5. La couverture de la radio musicale, historiquement dense, a fondu en conséquence, passant de 93% de la population couverte en FM à 70%. France Info, dans le même temps, progresse de 80 à 93% de couverture grâce à la bascule.
Auditoire fidèle
En annonçant ces changements, fin mars, Sibyle Veil disait vouloir prioriser les stations d’information sur la FM – «le réseau le plus résilient». «L’Etat attend beaucoup de nous en période de crise, lors des coupures de courant, par exemple, pour transmettre les informations», avait pointé la présidente de Radio France. Les auditeurs de France Musique privés de FM étaient, eux, invités à écouter leur radio préférée autrement : par la radio numérique terrestre (DAB+, qui remplacera à terme la FM) ou sur Internet.
Pas si facile pour le million d’auditeurs quotidiens de France Musique : un public plutôt vieux (71% des auditeurs ont plus de 65 ans) et aisé (78% sont issus de CSP+). Cet auditoire fidèle, plus éloigné des nouveaux usages que la population générale, n’est pas forcément équipé en récepteurs numériques (ils sont obligatoires dans les voitures neuves depuis 2020) et n’a souvent pas pour habitude d’écouter la radio sur Internet.
Depuis le 22 juillet, sous les posts Facebook de France Musique, c’est donc un festival de commentaires mécontents et alarmés. «Hélas depuis ce matin je ne reçois plus France Musique. A la place, France Info… […]. La campagne est oubliée. Après la poste, l’école, maintenant la FM», s’attriste par exemple Louis-Marie. «Ou comment présenter une dégradation du service comme un progrès», s’insurge aussi Jean-Luc. «Il n’y a plus qu’à changer de voiture… C’est pourtant simple, non ?» ironise un autre utilisateur. «Allô France Silence ? Ceci est un message du front de libération de la FM : il y a bien plus de gens que vous croyez qui ne captent plus France Musique en FM et qui ne captent pas la DAB+», s’énerve également Frédéric.
Avant l’été, le directeur de la station, Marc Voinchet, anticipait qu’environ 9% de la population se retrouverait dans ce dernier cas de figure, le plus problématique. En interview avec Libération, il situait la plupart des délaissés dans les zones rurales et...
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