Après les initiatives du monde de l’édition et du cinéma, et face aux risques politiques et culturels à venir, des artistes et travailleur·ses de la musique appellent à défendre la diversité, les libertés de création et un modèle fondé sur la coopération plutôt que sur les monopoles.
La musique est un bien commun vivant. Elle naît partout : dans les chambres, les studios, les quartiers, les clubs, les free parties, les conservatoires, les petites et les très grandes salles. La musique est hybride, ouverte, en perpétuelle transformation.
Elle est un art populaire : plurielle, à mille lieues des fantasmes réactionnaires. La musique traverse les espaces géographiques et personnels, les classes sociales. La musique est toujours en avance sur son temps. En composant des nouveautés en direction du futur, elle fait apparaître des sons nouveaux, de nouvelles histoires, de nouveaux langages. La musique nous permet d’habiter collectivement au même endroit ; elle est une force immédiate de fédération et de commun.
Nous regardons l’élection présidentielle de 2027 avec inquiétude, nous nous alarmons vivement du risque de basculement officiel du pays à l’extrême droite dans une poignée de mois. Nous, artistes et travailleur·ses de la musique, souhaitons prendre part activement à la résistance contre l’extrême droite et toutes les forces et partis réactionnaires à l’œuvre dans ce pays. Au nom d’une société désirable, nous refusons de laisser s’imposer des représentations fondées sur l’exclusion, le repli et la hiérarchie des vies. Les droites réactionnaires comprennent parfaitement le rôle de la culture.
"Les plateformes façonnent l’accès aux œuvres à travers leurs algorithmes. Des fonds d’investissement rachètent des catalogues comme des actifs financiers."
Elles savent que les récits collectifs précèdent souvent les lois. Elles cherchent à trier les existences, discipliner les corps, récupérer les traditions, désigner des indésirables. Le rap, les musiques traditionnelles, le monde de la nuit, les scènes queers le savent déjà : la musique est un champ de bataille démocratique.
Le projet de l’extrême droite, c’est le risque d’une mise au pas : criminalisation ou répression de certaines scènes musicales, hiérarchisation raciste des musiques jugées légitimes ou illégitimes, fin des aides culturelles pour celles et ceux qui remettent en cause le mythe national et portent des discours progressistes, atteintes incessantes contre la liberté de création.
Concentration croissante
Depuis plusieurs mois, le monde de la culture se mobilise contre la concentration croissante des industries culturelles et médiatiques. Dans l’édition, le cinéma, la presse libre et indépendante, on alerte sur les conséquences d’un modèle où un nombre toujours plus réduit d’acteurs contrôle les moyens de production, de diffusion et de prescription des œuvres. Le monde de la musique n’est pas épargné par ces phénomènes.
La concentration y est devenue une réalité structurante, où une poignée de groupes occupe une position dominante. Certains empires médiatiques et culturels montrent combien concentration industrielle, austérité et bataille réactionnaire des récits peuvent se nourrir mutuellement.
À cela s’ajoutent d’autres enjeux pesant sur les artistes et leurs publics : les plateformes façonnent l’accès aux œuvres à travers leurs algorithmes. Des fonds d’investissement rachètent des catalogues comme des actifs financiers. Les grands groupes renforcent leur présence dans les festivals, les salles et les circuits de diffusion. L’intelligence artificielle ouvre quant à elle une nouvelle phase de captation de la valeur produite par les artistes. Cette évolution ne menace pas seulement l’économie du secteur. Elle fragilise le pluralisme culturel lui-même.
Préserver la diversité culturelle
La musique ne peut être réduite à une marchandise ou à un simple produit culturel. Elle participe de la vie démocratique, de la circulation des savoirs, des mémoires et des visions du monde. À ce titre, son accès, sa production et sa diffusion relèvent d’un intérêt général. Cela suppose de soutenir les labels indépendants, les médias autonomes, les salles associatives, les festivals coopératifs et toutes les formes de mutualisation qui permettent de préserver la diversité culturelle.
Cette réflexion impose aussi de remettre en cause le dogme du gigantisme comme seul horizon pour la musique et le secteur culturel. L’« industrie » musicale semble convaincue que le succès doit se mesurer à la taille des festivals, aux records d’affluence et à la capacité de remplir des stades.
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