En forte croissance, la filière musicale se considère pourtant en danger par le jeu d'un « système grippé ». À l'unanimité, le secteur se mobilise pour demander le déplafonnement de la taxe sur le spectacle vivant, collectée par le Centre National de la Musique.
La taxe sur les spectacles de variétés et les concerts de musiques actuelles affectée au Centre National de la Musique (CNM) est due par tout organisateur de spectacles. Elle représente 3,5% de la billetterie pour les spectacles payants ou 3,5% du contrat de cession pour les spectacles gratuits.
Elle permet de financer le soutien au secteur, de deux façons :
- 60% de la taxe alimente le « compte entrepreneur nominatif » de chaque déclarant. Fonctionnant comme une épargne forcée, elle permet au producteur de la réinvestir dans de nouveaux projets. Ce droit de tirage est redevable par le CNM dès le mois suivant et jusqu’à trois ans après sa collecte.
- 40 % sont destinés au financement des programmes et actions de soutien venant soutenir les festivals, les lieux et les artistes en matière de création et de production. Ces aides ciblent des enjeux d’intérêt général tels que la transition écologique, l’égalité et l’inclusion, le soutien à l’innovation, le développement à l’international, la diversité des esthétiques et des modèles économiques.
Relevé à 58 millions d’euros en 2026, le plafond de cette taxe est jugé inopérable par l’ensemble de la filière qui s’unit pour demander son déplafonnement. En 2025, ce sont 11,5 millions d’euros qui ont été reversés à l’État, puisant dans les ressources propres de l’organisation. Pour 2026, le CNM projette une perception de taxe de l’ordre de 70 millions d’euros soit 12 millions reversés à l’État – une estimation à rehausser depuis l’annonce des concerts de Céline Dion. Et si 60% de la taxe collectée est exigible par les producteurs au titre du droit de tirage, ce sont donc dans les 40% restants que cette réversion est piochée, amputant directement les aides sélectives du CNM.
« Si le plafond de la taxe billetterie venait à stagner à 58 millions d’euros et que la billetterie continuait de croître à un rythme annuel de 10%, dans 4 ans, l’’ensemble des aides sélectives seraient mobilisées pour honorer le droit de tirage dû aux producteurs de spectacles. Le CNM n’aurait donc plus lieu d’être car il ne serait plus en capacité d’assurer sa mission de redistribution. La péréquation serait stoppée nette » prévient Aurélie Hannedouche, directrice du Syndicat des Musiques Actuelles (SMA).
Union des pros
À travers la campagne + que la musique, six organisations – De concert, Fedelima, FELIN, Ferarock, Reset network et SMA – alertent sur la fragilisation des modèles économiques : « Un festival sur deux est en déficit, des salles sont menacées de fermeture, des artistes sont invisibilisé·es et les radios associatives sont en danger. Parallèlement, les mécanismes de redistribution existants dans la musique sont bridés : les têtes d’affiche ne financent plus la découverte »
Le 16 mars 2026, le Conseil professionnel du CNM – composé de représentants de l’ensemble du secteur – adoptait en effet une recommandation à l’unanimité : « Plafonner les taxes, c’est accepter l’affaiblissement progressif d’une politique publique condamnée à stagner tandis que le secteur continue de croître. C’est organiser un détournement des mécanismes de redistribution et de mutualisation dont ces taxes sont l’instrument. C’est imposer une surtaxation sectorielle que rien ne justifie. C’est, enfin, fragiliser le consentement des professionnels à l’impôt et leur adhésion à la maison commune qu’est le CNM, établissement voulu par l’exécutif et créé par les parlementaires ».
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