Les collectes liées à des projets de musique classique se multiplient sur Ulule, HelloAsso, Proarti, etc. Le secteur pourtant ne semble pas encore y adhérer complètement et plusieurs freins subsistent.
« Une aventure unique », « un esprit joyeux, accessible et collectif », « des moments partagés inoubliables »… La régisseuse de scène Charlotte Goupille-Lebret défend bec et ongles son projet de création du festival Opéra mon amour, au cœur du département de la Côte-d’Or, en Bourgogne-Franche-Comté. Et pour permettre à cet événement de voir le jour, la professionnelle de 36 ans basée à Lyon (Rhône) a opté pour le financement participatif et la collecte de dons sur la plateforme d’HelloAsso.
« Nous sommes en train d’arriver au bout de cette campagne, en ayant ainsi récolté près de 3 000 euros avec de nombreux dons de 10 à 20 euros en moyenne, explique l’intéressée, début mars 2026. La première édition de notre festival Opéra mon amour va pouvoir avoir lieu cet été, aussi grâce aux 7 000 euros venus du mécénat d’entreprise et de Thalie Santé, notre partenaire. » Charlotte Goupille-Lebret a notamment pu compter sur sa communauté de près de 25 000 followers sur Instagram pour recevoir des dons sur HelloAsso.
Cependant, la porteuse de projets émet des réserves sur cet état de fait : « Je m’interroge beaucoup sur le recours au financement participatif. Le Département de la Côte-d’Or et la Région Auvergne-Rhône-Alpes ont refusé de nous aider financièrement car notre festival n’avait pas encore organisé sa première édition. On se retrouve alors à demander de l’argent à nos proches, qui travaillent souvent eux-mêmes dans la musique classique et montent leurs propres projets et nous demandent à leur tour de l’aide. Le serpent se mord un peu la queue. »
« Le contexte de baisse de subventions »
Charlotte Goupille-Lebret ne fait pas figure d’exception dans le monde de la musique classique en recourant au financement participatif. L’orchestre Divertimento, mené par la cheffe Zahia Ziouani, avait obtenu, du côté de KissKissBankBank, quasiment 15 000 euros en décembre 2024. Les Concerts de poche, fondés par Gisèle Magnan, ont ainsi récolté, sur Ulule, près de 40 000 euros en janvier 2025. La violoncelliste Lisa Strauss avait pu, pour sa part, passer une commande à Régis Campo grâce à 12 000 euros collectés, en 2025, sur la plateforme Proarti.
Sur cette dernière, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg a aussi obtenu près de 15 000 euros, en 2024, afin de produire Daphnis et Chloé de Maurice Ravel. Marie Linden, sa directrice générale, se félicite de sa « communauté de spectateurs très engagés, qui ne demande qu’à apporter son soutien ». La responsable et ses équipes réfléchissent à lancer, d’ici octobre 2026, un nouvel appel à financement participatif pour son Académie d’orchestre, qui accueille et accompagne de jeunes professionnels.
Le fondateur de Proarti, Grégoire Harel, dispose de « pas mal d’exemples de collectes en musique classique. Un certain nombre d’entre elles sont liées à l’opération Mise en œuvre(s), créée avec la Sacem et accompagnée à présent par la fondation Banque populaire. Dans ce cadre, nous avons soutenu une quarantaine de projets, réunissant près de 300 000 euros au fil des années ».
Le professionnel du secteur vante « le complément de financement » apporté par le crowdfunding. Aux yeux de Grégoire Harel, cette pratique, utile pour « communiquer sur des projets en amont de leur réalisation », gagne en intérêt « dans le contexte de baisse de subventions. Cet apport en trésorerie de quelques milliers d’euros amené par les collectes participatives peut être déterminant car, quand elles existent, les aides publiques peuvent par ailleurs mettre du temps à arriver ».
Une petite réticence des acteurs
De son côté, Vincent Laissy, pianiste du trio Bagatelle, a mené, en 2025, une campagne sur Ulule pour une autre raison. « Bruno Procopio, le directeur de mon label, Paraty, me l’avait conseillé car sa structure ne finance pas les disques mais les accompagne juste, explique le musicien. Grâce à 40 contributions, représentant environ 70 préventes d’album, j’ai pu collecter environ 2 500 euros. Donc, oui, ça ne rentre pas dans les clous habituels mais ça vaut le coup d’entreprendre et de faire entrer la musique classique dans le monde de demain ! »
Le directeur général d’Ulule, Arnaud Burgot, remarque une petite réticence des acteurs du classique à s’engager dans le crowdfunding. « La musique au sens large représente 17 à 20 % des projets sur notre plateforme, indique-t-il. Le classique n’occupe pas du tout la plus grosse partie et cela s’explique par beaucoup de raisons. Tout d’abord, trop peu de musiciens et d’orchestres ont basculé sur un mode de relation direct avec le public, à travers les réseaux sociaux et les newsletters, or cela sert de base au financement participatif. »
Selon le responsable, le problème réside dans le hiatus entre « d’un côté les personnes connues du grand public qui ont le pouvoir de communication, à savoir les musiciens et chefs d’orchestre et, de l’autre celles qui doivent chercher les sous, en l’espèce les sociétés de production et les organisations associatives ». Par conséquent, Ulule se retrouve avec ...
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