Les baisses budgétaires de l'État et les coupes drastiques des subventions dédiées à la culture par les collectivités territoriales amènent les institutions à se tourner de plus en plus vers le secteur privé. Quelles sont les conséquences de cette porosité entre le public et le privé ?
Loin d’être neutres, les statuts et modes de gestion matérialisent des façons de gouverner la culture. Dans un contexte de diminution des financements publics, le recours accru au mécénat s’impose comme un levier pour le secteur culturel, y compris pour le spectacle vivant. En début d’année, le conseil d’administration du Théâtre de l’Odéon à Paris, dirigé par le metteur en scène et dramaturge Julien Gosselin , a approuvé la création de sa fondation. Avec la Comédie-Française , c’est l’un des rares théâtres à s’être doté d’une telle entité placée sous la Fondation de France, laquelle en recense en revanche bien davantage dans le secteur musical et surtout dans l’opéra. Le journaliste Antoine Pecqueur revient sur ce que crée l’effacement de la frontière entre public et privé dans les financements :
“Il peut y avoir un risque d'ingérence si l’argent privé finance l’artistique. Quand certaines fortunes vont investir, elles vont choisir plutôt quelque chose de prestigieux, donc, par exemple, une grande institution parisienne comme la Comédie-Française, l'Opéra royal de Versailles ou le théâtre de l'Odéon, plutôt qu'une structure qui se trouve dans des territoires plus reculés, donc difficiles, parce qu'elles vont vouloir chercher le prestige derrière, pour pouvoir organiser différentes opérations avec ses clients et ses actionnaires. Voire carrément sur le discours. Parce qu'évidemment certaines entreprises peuvent être tentées d'aller sur ce terrain dans une dimension de greenwashing et d’influencer les récits. Et, encore plus que l'ingérence directe, aujourd'hui, on peut s'inquiéter d'une forme de censure et d'autocensure de la part des directeurs de structures culturelles qui, face à cette problématique des financements et cette tension extrême d'un point de vue économique, peuvent risquer de se montrer un peu frileux sur certains choix audacieux en se disant que cela peut froisser tel mécène ou tel pouvoir public.”
Les brèves du jour :
- L’artiste franco-marocaine Yto Barrada qui représente la France à la Biennale de Venise, se retrouve au cœur d’une polémique : elle a signé parmi 200 artistes et professionnels de l’art un appel à l’exclusion d’Israël de la prochaine édition de la Biennale de Venise. Le texte avertit qu’un refus d’écarter le pavillon israélien pourrait entraîner un boycott plus large de l’événement. Le CRIF, conseil représentatif des institutions juives de France, condamne cette prise de position et demande à Yto Barrada de retirer son nom de cet appel, estimant qu’en soutenant une telle initiative, je cite, elle "trahit le mandat donné par la France" et engage de manière abusive les ministères français de...
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