À mi-parcours de la saison des festivals, les premiers bilans confirment que le secteur est ébranlé par une crise multifactorielle, à laquelle s’ajoutent désormais canicules et incendies. Et va devoir nécessairement s’adapter. Décryptage.
En ce début août, la saison des festivals musicaux est déjà bien entamée. Étiré sur dix-sept soirées, Jazz in Marciac s’est achevé mercredi 5 août et la plupart des grosses machines ont déjà plié bagages, en attendant Cabaret Vert et Rock en Seine notamment. On sait que juillet fut chaotique et rythmé par des annulations, les canicules et les incendies s’ajoutant à une crise déjà multifactorielle. Et malgré un bilan de fréquentation « plutôt positif qui confirme que ces événements sont toujours attractifs », le secteur continue de souffrir selon Stéphane Krasniewski, président du SMA (syndicat des musiques actuelles) et directeur du festival de musiques du monde Les Suds, à Arles.
Pour la plupart, l’équilibre financier est précaire. « C’est le fameux effet de ciseau que l’on dénonce depuis plusieurs années. Il y a une augmentation des charges qui n’est pas compensée par l’augmentation des recettes, tandis que les subventions continuent de baisser. Mais l’on ne peut pas répercuter cela sur le billet de concert », explique-t-il. Certains le font tout de même : en 2024, le CNM (Centre national de la musique) recensait, sur dix ans, une augmentation de 48 % du prix moyen du billet dans les festivals français de musiques actuelles et de variétés.
Au dernier jour de Jazz in Marciac, conclu par Thomas Dutronc et le duo Roberto Fonseca & Vincent Segal, Jean-Louis Guilhaumon, président du festival — et maire du village gersois — dressait un bilan mitigé, avec environ 50 000 spectateurs sous le chapiteau contre 52 000 en 2025 qui fut une année « exceptionnelle » avec + 9 % de fréquentation : « On ne retrouve pas le même engouement parce que les temps sont difficiles. Mais nous avons plutôt bien résisté, sur fond de canicule, d’incendies en Gironde voisine et de crise économique, observe-t-il. Des gens ont annulé, d’autres avaient d’autres préoccupations. Le climat anxiogène n’est pas propice à la participation aux événements culturels. »
Les gros festivals résistent, les plus confidentiels galèrent
Pour Les Eurockéennes de Belfort, le bilan est favorable. Avec environ 125 000 festivaliers sur le week-end, soit 85 % de la jauge, l’événement finit sur un bilan financier « positif » selon son directeur, Jean-Paul Roland. Et ce malgré a minima 4 000 billets vendus en moins par rapport à l’année dernière. Un équilibre qui tient grâce à trois piliers : la billetterie, les recettes sur site, enfin le sponsoring et le mécénat. « En général, si vous en avez deux sur trois de positifs, c’est plutôt bon signe, explique l’organisateur. Entre la billetterie et les dépenses des festivaliers, on atteint environ 65 % de l’ensemble du budget. » Beaucoup de festivals misent désormais sur les partenariats privés pour continuer à aller de l’avant. « Le mécénat a plutôt bien marché pour nous cette année. C’est un symbole assez fort du lien avec le milieu économique local. À 90 %, ce sont des entreprises de la région », conclut Jean-Paul Roland.
Comme Marciac et Les Eurockéennes, les gros résistent. Mais la conjoncture est particulièrement instable pour les manifestations de plus petite envergure. « Plus d’une dizaine de festivals n’ont pas eu lieu en 2026 ou ont déjà annoncé qu’ils n’auraient pas lieu en 2027 parce qu’ils ne trouvent plus leur équilibre financier et que le modèle est à bout de souffle », constate Stéphane Krasniewski, du SMA.
C’est le cas du festival de la Paille, organisé depuis vingt-six ans dans le Jura, en situation de déficit et qui a tiré sa révérence le week-end des 24 et 25 juillet. Pour Les Suds, à Arles, Stéphane Krasniewski confie avoir rempli 95 % de sa jauge d’environ 42 000 personnes. « Certains festivals moyens fonctionnent plutôt bien. Nous avons une ancienneté qui nous a permis de construire un rapport de fidélité avec le public. Nous investissons aussi une niche, celle des musiques du monde. Alors que les festivals sont un peu sommés de se réinventer, chacun cherche une singularité. Certains travaillent aussi sur l’expérience festivalière, au niveau des scénographies, ou des activités annexes au festival. » Malgré tout, leur bilan financier est tendu : « Nous n’arriverons pas tout à fait à l’équilibre. »
La nécessaire adaptation au dérèglement climatique
Cette année, un nouveau fléau a fait des ravages. Solidays, Garorock, Europavox, Rétro C Trop, Dub Camp… tous ont été partiellement ou entièrement annulés pour des raisons climatiques. Avec l’enchaînement des canicules, l’année 2026 marque même un tournant dramatique. Face aux incendies ravageant le sud du pays et qui ont conduit à l’annulation de Musicalarue, Arcachon en scène, Eccausystème et...
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