La troupe de jeunes de quartiers populaires en Seine-Saint-Denis, qui jouait «Othello» de Shakespeare, a énuméré les remarques ciblant des comédiens racisés dans un post Instagram, le 24 juillet. Les organisateurs du off dénoncent des «agissements intolérables».
«C’est vous la pièce avec la Nihao et le Black ?» ont notamment pu s’entendre dire, en plein Festival d’Avignon, la compagnie Commedia Nostra venue de Seine-Saint-Denis. Dans un poste publié le 24 juillet sur les réseaux, elle rapporte les remarques à caractère raciste dont plusieurs comédiens ont fait l’objet lors de sessions de tractage dans la ville. Plusieurs élus et des institutions, dont l’association organisatrice du festival, ont apporté publiquement leur soutien à la troupe.
La veille de leur dernière date estivale, ces passionnés de théâtre venus de quartiers populaires ont communiqué sur Instagram sur leur première expérience à Avignon, à laquelle ils songeront avec «nostalgie», mais ont anticipé quitter «avec soulagement tous ces regards, toutes ces remarques et toutes ces attitudes qui questionnaient chaque jour [leur] présence» dans la cité des Papes.
Version contemporaine de William Shakespeare
Les jeunes artistes ont recensé les quelques remarques entendues lors de déambulations dans les rues d’Avignon pour promouvoir leur pièce – une version moderne d’Othello de Shakespeare : «Vous venez du 93 ? ça se voit et ça s’entend…», «Pourquoi vous restez pas là-bas ?», «Vous parlez bien français pour des étrangers», «C’est vous le cirque de Guinée ?» [le Circus Baobab, composé d’artistes guinéens était programmé pendant le festival, ndlr], «Vous voulez continuer dans le théâtre ? Le cinéma c’est mieux pour vous. Y’a Omar Sy et Will Smith, c’est plus ressemblant.»
«Dès le début du festival, il s’est passé des choses. On ne savait pas trop comment réagir», témoigne auprès de Libé Giulia Acqua, co-directrice de la compagnie. Les messages échangés sur le groupe Whatsapp de la troupe – qui a indiqué ne pas porter plainte – ont permis de garder une trace de ces interactions avec des festivaliers. Des comédiennes ont même rapporté avoir subi des agressions sexuelles (des contacts non sollicités sur les fesses et la poitrine) lors de distributions de tracts. «A chaque fois, c’est allé tellement vite, on n’a pas toujours pu confronter les personnes», déplore la metteuse en scène.
La compagnie Commedia Nostra originaire de Seine-Saint-Denis, et créée il y a presque deux ans, se décrit comme «une troupe de jeunes talents [de 15 à 19 ans, ndlr.] qui se battent pour faire résonner leurs voix et rendre le théâtre accessible au plus grand nombre en revisitant des grands classiques», dont des pièces de Shakespeare telles qu’Othello. La quinzaine d’acteurs amateurs s’est emparée de cette tragédie, sous-titrée le Maure de Venise et qui a pour protagoniste un ancien esclave devenu général vénitien, pour livrer sur les planches, selon leurs termes, un «feat» avec William Shakespeare : une version engagée et contemporaine qui aborde les questions de racisme, des violences policières ou encore des violences faites aux femmes (l’un des personnages, Desdémone est assassinée par son mari Othello).
«Une part du cœur de la banlieue qui bat»
Le spectacle, créé en septembre dernier au théâtre La Commune d’Aubervilliers, était programmé à Avignon au Théâtre de l’Ange du 19 au 25 juillet.
Après leur communication dénonçant les discriminations dont leurs comédiens ont fait l’objet cet été, la Commedia Nostra, qui se présente comme «une part du cœur de la banlieue qui bat», a reçu le soutien public du Festival off. «Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces agissements intolérables et apportons notre soutien plein et entier aux artistes ainsi qu’à l’ensemble des membres de la compagnie et saluons son courage face à ces faits et les remercions de les avoir dénoncés publiquement», ont déclaré vendredi 31 juillet les organisateurs dans un communiqué. Une cellule d’écoute a ...
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